Caprices goyesques

Journaliste et grand reporter, Jean Cau (1925-1993) est né à Bram dans l’Aude. Passionné de tauromachie, il se distingue par trois excellents livres sur le sujet : «Les Oreilles et la queue» 1961, «Sévillanes» 1987 et «La Folie corrida» 1992 (1). Dans «Sévillanes», l’auteur découpe ses chapitres en caprices goyesques. Un style truculent, une connaissance quasi encyclopédique de la corrida. On ne peut résumer les chapitres d’un auteur qui aime l’odeur de la Séville chaude et parfumée, celle des cierges, des lys, des œillets de la Semaine sainte sévillane mélangée à celle de la crotte des chevaux. Je préfère livrer aux lecteurs quelques passages : «C’est l’une de mes douleurs : l’Espagne ne pue plus, délicieusement, l’huile d’olive…Les yeux fermés, vous reconnaissez un fin mouchoir mis sous votre nez, le parfum d’une femme. Aveugle, je reconnaissais l’Espagne. Fini, tout ça. L’Europe, Air-Wick, Dior ont répandu un encens convenable dans le temple espagnol et l’huile d’olive, la malheureuse est désormais… raffinée ». Il constate sans désapprouver l’Espagne d’avant : « Souvenez-vous, vous étiez la honte de l’Europe et du monde blanc frais rasé et désodorisé avec vos barbes bleues et cette odeur, dans vos rues, d’huile d’olive, d’oignon et de jasmin. Vous étiez pauvres. Vous portiez des bérets. Vous alliez sur des ânes. Vous adoriez un nombre incroyable de madones…». Et il parle merveilleusement de cette Espagne où pour les aficionados (les passionnés de corridas), le pays est une gigantesque plaza où vivent des non-aficionados, «gens totalement inintéressants». Les premiers ignorent tout de Velasquez ou de Góngora mais savent infiniment de Niño de la Capea ou de Paco Ojeda. Dans une arène anonyme, deux Anglais parlent à haute voix de Velasquez, Goya, Murillo. Deux voisins andalous se regardent avec un affolement dans le regard et semblent ne pas connaître ces matadors-là. Puis, ils se rassurent et déclarent sentencieusement : «Ce devait être des banderilleros…». L’ancien secrétaire de Jean-Paul Sartre est un conteur éblouissant. Lisez-le…

 

(1) «Sévillanes» de Jean Cau – Éditions Atlantica – 214 p – Mars 2013 – 17 € TTC.

 

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