La ferme de l’enfer

La lecture de cet ouvrage procure un véritable coup de poing à l’estomac (1). Je subodore que Maryse Lartigau a connu dans sa famille ou dans son environnement immédiat une histoire semblable car la précision et la variété des détails sont telles qu’on pourrait le penser… Un lieu : la Grand-ferme dans les Landes; une date : 1938. Émile est un despote, un tyran, un sanguinaire. Du bout de sa canne, il règne en maître dans sa ferme et au village. Il ne supporte aucune ingérence de quiconque. Béotie, sa femme, réduite en esclavage, frappée, humiliée, est un robot silencieux, au travail du matin au soir. Il impose à son fils Pierre une vie de soumissions et de brutalités quotidiennes et le force à se marier avec Octavia, fille de ses régisseurs emportés dans un accident d’auto. Pierre reproduit sur son épouse l’univers de violence et d’avilissements qu’il a subi jusqu’à 32 ans. La haine de son père et de la société qui l’entoure est un cauchemar quotidien pour Octavia et son fils Ancelin terrorisé par un père qui le hait car il sort du ventre d’une femme qu’il n’a pas choisie et qu’il viole régulièrement parce que le corps de cette résignée le fait jouir, solitaire. L’ambiance est ainsi décrite : «Ici, c’est la ferme des non-dits, des regards en coin, des gestes inachevés ou cachés. Une atmosphère lourde de sous-entendus planait dans la cour et dans les bâtis». Pour le «vieux», la propriété, le domaine, les récoltes, c’est sacré. Il enfouit un lourd secret de famille. Chez les Subsol, les hommes deviennent fous à l’approche de la soixantaine. Pierre brûlera les étapes d’une démence aussi violente que précoce : «Sa voix ! Elle avait changé, tout comme son attitude et son regard. Dureté, sécheresse, méchanceté. Dans ses yeux, on ne voyait plus la crainte, mais du défi, de l’arrogance». Un beau roman, noir, âpre, implacable dans la description d’un milieu agricole fermé des années d’avant-guerre. Une écriture qui donne, parfois, le frisson. 


(1) « La ferme du maître » – Maryse Lartigau – Éditions Gascogne – mai 2012 – 18 €.


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