46 – Guerre des Pyrénées : Le combat de Tarbes

octobre 21st, 2017

Le dimanche 20 mars, le comte d’Erlon recule de Pujo et Andrest vers Tarbes. Il place la 2e Div. de Darmagnac dans les faubourgs de la ville et la 1re Div. de Darricau surveille la route de Rabastens-de-Bigorre, à Aureilhan. Reille et Clauzel se placent à l’arrière, sur les hauteurs du plateau d’Oléac, sur la route de Trie-sur-Baïse. Le général Pierre Soult est chargé de surveiller les voies parallèles de pénétration de Rabastens-de-Bigorre à Tarbes et de Villecomtal à la route de Trie-sur-Baïse avec le 13e Rgt de chasseurs. Quatre autres régiments de cavalerie sont dirigés vers Trie-sur-Baïse dans le but d’éclairer la route de Rabastens à Auch. L’artillerie et les convois rechargés quittent Tarbes par le pont sur l’Adour et se dirigent vers Tournay gravissant avec grande difficulté la côte de Piétat protégés par les troupes de d’Erlon. Reille est arrivé à Tarbes à l’aube avec la brigade Vial comprenant les 5e et 22e Rgts de Chasseurs. Il y reçoit une distribution de sel pour quinze jours et de légumes pour plusieurs jours. Il place la 5e Div. de Maransin et la 4e Div. de Taupin à la côte de Piétat, sur la route de Tournay. Des avant-postes de cavalerie et d’infanterie sous le commandement du général Taupin sont placés à l’entrée de Tarbes, sur les routes de Pau et de Vic-en-Bigorre. Un bataillon qu’accompagne un escadron de cavalerie avec deux canons est placé à Aureilhan sur la route de Rabastens. Un autre bataillon de Taupin et un escadron de cavalerie sont en réserve pour les soutenir sur la place du Marcadieu, à Tarbes. Le chef-lieu et ses faubourgs sont défendus par le général de division Taupin et le général de brigade Rey – 12e Rgt d’infanterie légère, 32e et 43e Rgts de ligne – soit 2162 hommes et l’adjudant-commandant Gasquet – 47e, 55e et 58e Rgts de ligne – soit 2136 hommes. Le comte Reille place ses avant-postes à Tarbes et d’Erlon demande à la 2e Div. de Darmagnac de rejoindre la brigade de Fririon, positionnée au-dessus du village de Barbazan-Debat, sur la route de Tournay. Berton éclaire la route de Trie-sur-Baïse. Le baron Clauzel occupent les collines d’Oléac – 6e Div. de Villatte – et d’Orleix – 8e Div. d’Harispe – au nord.  À suivre…

Coup de foudre dans l’Aubisque

octobre 21st, 2017

Le décor : la 17e étape du Tour de France Luchon-Mourenx-Ville-Nouvelle, le 15 juillet 1969, sous un soleil brûlant (1). Ce jour-là, le tracé emprunte les cols de Peyresourde, Aspin, Tourmalet, Soulor et Aubisque. La veille, à Luchon, le célèbre journaliste sportif Pierre Chany ne s’est pas attardé sur la ligne d’arrivée. Le champion de France en titre Raymond Delisle a remporté l’étape. Tout à côté, devant une bière fraîche, Chany déclare à ses confrères rassemblés autour de lui, que pour lui la messe est dite. Le champion belge Eddy Merckx est «au-dessus de la mêlée». Les jeunes journalistes du «Courrier du Sud», Édouard Labège et Charles Montardon, boivent les paroles du «vieux» aux tempes grisonnantes, héros de la Résistance. Chany est sur le circuit depuis 1946. En toutes saisons, on le voit sur les pavés du Nord, à la Sierra Nevada, au Trois cimes de Lavaredo, au Stelvio ou au Gavia et sur le Tour, bien sûr. Il a vu Fausto Coppi, dans Milan-San Remo, devenir le héros du peuple italien, en 1946. Une échappée de 150 km, seul, du jamais vu ! Avec un quart d’heure d’avance sur Lucien Teisseire, le second. Le maître Chany l’affirme : Coppi, porteur du destin d’un peuple meurtri, a inventé le cyclisme moderne et inspiré Louison Bobet. Ce 15 juillet, Eddy Merckx roule à sa main encadré par son équipe, la «Faema», au complet. Landais, Gersois et Béarnais se retrouvent en haut de l’Aubisque. Imprégnés de culture Rugby, ils louent les qualités d’André Boniface et partagent pain de campagne et saucisson dans l’attente des «forçats de la route». Le maillot jaune Belge sera, ce jour-là, éblouissant. 5’’ en haut du Tourmalet, 1’ entre Luz-Saint-Sauveur et Argelès-Gazost, 6’ au sommet du Soulor, 6’ 55” en haut de l’Aubisque. Derrière, exténués, Pingeon, Poulidor, duo gagnant du Tour 1967. Encore 60 km à rouler dans la brûlante plaine béarnaise. À Monein 7’, à Mourenx-Ville-Nouvelle 7’ 56”. La fabuleuse chevauchée solitaire de 140 km s’achève sur un triomphe dont on parle encore. Trente ans après Sylvère Maës, Eddy Merckx dit le «cannibale» est devenu immortel.

(1) «Coup de foudre dans l’Aubisque – Eddy Merckx dans la légende» – Bertrand Lucq – Édition Atlantica – 14 €

45 – Guerre des Pyrénées : De Vic-en-Bigorre à Tarbes

octobre 14th, 2017

La marche du Mal menant à Ger à travers une piste défoncée par les pluies est très pénible pour les hommes et les chevaux d’attelage qui meurent de fatigue. Les tirailleurs français embusqués dans toutes les parties boisées réussissent à masquer l’état réel de leurs forces. Soult, demeuré à Lamayou et dans le bois de Labarthe jusqu’à midi, reçoit le compte rendu de l’entrée des Alliés à Vic-en-Bigorre. Le comte d’Erlon reçoit l’ordre de se retirer jusqu’à Pujo. La 4e division du général Taupin organise son bivouac sur le plateau de Ger en protection des divisions Maransin, Villatte et Harispe qui s’installent autour d’Ibos. La procession des équipages et des blessés arrive à Tarbes dans la nuit. Soult a longtemps cru à des mouvements ennemis à partir du plateau de Garlin et Conchez-en-Béarn en direction de Pau-Tarbes. Mais Wellington veut attaquer l’aile droite de l’armée des Pyrénées en vue de couper la retraite impériale adossée aux Pyrénées. Le quartier général du Mal Soult est installé dans le chef-lieu des Hautes-Pyrénées et lui-même emménage dans la maison d’Antoine Péré, premier sénateur des Hautes-Pyrénées et comte d’Empire. Le comte Reille est chargé d’établir ses avant-postes dans les faubourgs de Tarbes sur les routes de Pau et de Vic-en-Bigorre. Il dispose d’un bataillon et d’un escadron sur la grande place du Maubourguet – aujourd’hui, place de Verdun – pour les soutenir. Il dispose un bataillon, un escadron et deux pièces de canon pour éclairer la route de Rabastens-de-Bigorre, en avant du village d’Aureilhan. Le surplus de la 4e division du général Taupin se place en arrière, en réserve sur la route de Tournay avec la 5e division du général Maransin. Le général Vial avec les 5e et 22e Rgts de chasseurs à cheval est à leur disposition. Dès que le comte Reille aura manœuvré, le comte d’Erlon retirera la 2e division du général Darmagnac et la réunira à la 1re division du général Darricau, en arrière du village de Barbazan-Debat. Toute l’armée alliée est là dans la vallée de l’Adour. Le Mal Soult a reculé de trente km. Il écrit au ministre de la Guerre qu’il entend, toujours, menacer la droite et les derrières de l’ennemi.  À suivre…

L’Immortelle

octobre 14th, 2017

Edmond Desca. Trois adjectifs synonymes le définissent : volontaire, déterminé, opiniâtre (1). Le labeur ne lui fait pas peur : glaise, terre cuite, bronze, pierre, marbre, ne représente pour lui qu’une lutte farouche contre le temps et les matériaux à dompter. Le jugement sur l’homme ne souffre pas la demi-mesure : perfectionniste, ambitieux, orgueilleux, avide de gloire, sensible, jaloux de ses amis et confrères, obsédé par son œuvre. Mais aussi généreux, fidèle à son épouse, l’artiste peintre Alice Honorine Gruilé, son égérie qui lui sert de modèle. Un patriotisme à fleur de peau inspire sa trajectoire, la rage de vaincre les formes, les «tripes» de ce personnage le rendent aussi sympathique que peut l’être ce génial tourmenté. Quelques pièces majeures : «Revanche» à Vic-en-Bigorre, «1792» appelée «Danton», «Les Torrents» et les animaux de la fontaine du Marcadieu, à Tarbes, «La lutte pour la vie» et «L’Immortelle», aujourd’hui, à Vic-en-Bigorre. Pourquoi cette femme pleure-t-elle sur les malheurs de notre pays ? En 1916, le patriote Desca souffre beaucoup du récit de la féroce boucherie de Verdun où les vagues ennemies de fer et de feu s’abattent sur nos Poilus. Pour que l’immortalité de la France soit comprise par les visiteurs, il sculpte cette fleur jaune de nos contrées qui ne fane pas après la cueillette. Depuis l’Antiquité, elle est utilisée contre les hématomes, les brûlures et les rhumes. En 1914-1918, son odeur sert à purifier l’air des hôpitaux de campagne et ce n’est que récemment, par les crèmes et les huiles essentielles, que l’on redécouvre ses innombrables autres vertus médicinales. Donc, elle porte bien son nom…L’Immortelle. La symbolique de cette dernière œuvre, inconnue des Bigourdans, est éclaircie. La ville de Paris, sollicitée par Alice Desca, l’achète pour 7000 F – 11385 € d’aujourd’hui – après le décès de son mari, le 24 juin 1918, à l’âge de 63 ans. «L’Immortelle» sera placée au Petit-Palais, en 1921, puis au Dépôt d’Auteuil, en 1948, enfin au Dépôt des Œuvres d’Art de la ville de Paris, à Ivry, en 1976. Amoureux de l’Art, une petite visite s’impose…

(1) «L’Immortelle» – Edmond Desca – Exposition – Médiathèque de Vic-en-Bigorre.

44 – Guerre des Pyrénées : Le combat de Vic-en-Bigorre (suite)

octobre 8th, 2017

Parti de Monségur à 8 h, le comte d’Erlon accompagné du colonel Louis Joseph Hugo, oncle de Victor Hugo, chef d’État-major de la 1re division de Darricau et d’une faible escorte, dépasse les convois, traverse le pont sur l’Échez et pénètre par l’ouest dans Vic-en-Bigorre. Les équipages empruntent le gué, en amont du pont. Il est 11 h. Incrédule, il ne croit pas les habitants qui le préviennent de la présence des cavaliers alliés, en avant, au nord de la ville. Il s’engage sur la route de Maubourguet pensant y retrouver le général Berton. Il n’a pas franchi 500 m, que Hugo lui signale les cavaliers allemands. Les voltigeurs du 6e léger se mettent en position au pas de course entre l’Échez et la route, puis toute la division Darricau se met en position de part et d’autre de la route de Maubourguet. Quatre pièces sont mises en batterie. L’artillerie, les convois et les blessés peuvent alors traverser Vic-en-Bigorre et se diriger vers Tarbes. Troisième choc de la journée : le combat est d’une extrême violence. La brigade du général Fririon – 6e Rgt d’infanterie légère, 69e et 76e Rgts de ligne – soit 1818 hommes de la 1re division Darricau est en première ligne. La 2e division du général Darmagnac : brigades du général Leseur – 31e Rgt d’infanterie légère, 51e et 75e Rgts de ligne – soit 2258 hommes et du général Menne – 118e et 120e Rgts de ligne – soit 2494 hommes, est échelonnée en arrière de la ville, appuyée contre la rive gauche de l’Adour, pour prêter main-forte. À 14 h, la bataille fait rage. Le flanc gauche des Français est protégé par l’Échez mais la droite s’étend, à découvert, vers l’Adour. Elle est menacée par la cavalerie allemande et la division Picton qui attaquent au centre. Le comte d’Erlon repousse la cavalerie anglaise jusqu’à Baloc où l’ennemi est maintenu jusqu’à 15 h mais plusieurs colonnes alliées débouchent simultanément. Il fait replier la brigade Fririon qui va céder et la 2e division, échelonnée en arrière, subit jusqu’à la nuit les plus gros dommages. Les blessés y sont nombreux. L’adjudant-commandant Brenan est du nombre. Les Alliés perdent environ 250 soldats et officiers parmi lesquels le colonel Henri Sturgeon. À suivre…

Le Chevalier de La Barre

octobre 8th, 2017

On se bat pour être au plus près de l’échafaud, ce 1er juillet 1766 (1). L’horreur d’une décapitation, d’un tronçonnage du corps et l’incandescence d’un bûcher public exciteront le populaire. Le 12/09/1747, naît Jean-François Lefebvre au château de La Barre, à Férolles près de Brie-Comte-Robert. Mais que fit ce jeune homme de 19 ans pour mériter ce châtiment ? Le 9 août 1765, on découvre la mutilation du crucifix placé sur le Pont Neuf. Duval de Soicourt, lieutenant criminel d’Abbeville, dépêché sur le pont, alerte l’évêque d’Amiens «qu’une conspiration est ourdie contre la religion catholique». Il obtient des «monitoires», survivance de l’Inquisition. Dix-sept témoins témoignent que, peut-être, ils auraient vu des silhouettes d’adolescents. Certains évoquent un accident. Mais Soicourt veut un vrai coupable. Il en trouvera trois : Jean-François de La Barre, Gaillard d’Etallonde et Moisnel, le plus jeune. Tous reconnaissent ne s’être pas découverts au passage d’une procession des Capucins et proféré quelques impiétés dans les auberges. Rien de plus. Jean-François de La Barre est orphelin de père et de mère. Il sera recueilli par sa cousine l’abbesse de l’abbaye de Villancourt. C’est un petit noble à l’allure de gentilhomme. Éducation inachevée, esprit libre et indépendant, émancipé avant l’heure. Chez l’abbesse, ses amis sont acquis aux idées nouvelles et les vives discussions sur Voltaire, Montesquieu, Rousseau, d’Alembert et Diderot remplissent leurs soirées. La population déteste ces jeunes. Le 26 septembre, un mandat d’arrêt est lancé contre les trois jeunes pour le lundi suivant. D’Etallonde se réfugie dans une abbaye. De La Barre se croit protégé par sa famille «très haut placée à Paris». Erreur funeste. Le récit, construit comme une belle pièce d’horlogerie, se déroule dans une ambiance féroce, implacable. L’auteur montre avec un luxe de détails le rôle du «double joug de la monarchie et de l’Église» pour éteindre les premières lueurs du siècle des Lumières. Dernier procès pour blasphème, le verdict choquera l’Europe entière. Un grand livre d’histoire.

(1)«Le flamboyant destin du Chevalier de La Barre» – Georges Bringuier – Éditions Privat – 14 €.

43 – Guerre des Pyrénées : Le combat de Vic-en-Bigorre

octobre 1st, 2017

Le samedi 19 mars, à l’aube, le Mal Soult est placé sur le plateau de Lamayou. Il envisage d’attaquer la coalition par un mouvement tournant qui descendrait de la hauteur de Lamayou vers Vic-en-Bigorre par la route de Morlaàs, franchirait l’Adour par le chemin de Rabastens-de-Bigorre et le gué, placé à 200 m en amont du pont sur l’Adour, face à la ferme Maillot, puis remonter par le chemin de Beulat vers Gensac, Lafitole et Maubourguet, rive droite de l’Adour. C’est alors qu’il comprend l’inanité de cette manœuvre « Je me disposais à me porter sur le corps ennemi qui manœuvrait dans la vallée de l’Adour, lorsque je reconnus moi-même que toute l’armée s’y trouvait et qu’elle se prolongeait sur le contrefort d’Auriébat et de Sauveterre, d’où le 13e régiment de Chasseurs venait d’être repoussé sur Rabastens ». Il donne l’ordre au comte d’Erlon de se porter immédiatement sur Vic-en-Bigorre avec les divisions du Centre pour couvrir la route de Tarbes et arrêter l’ennemi. Toutes les autres divisions du baron Clauzel et du comte Reille sont dirigées vers Tarbes par « le chemin des landes qui passe à Ger ». La cavalerie légère est chargée de contrarier la marche ennemie. Après ce dégagement du général Berton, la brigade allemande de Bock revient au nord de Vic-en-Bigorre, au lieudit Baloc, à environ 2,5 km de la ville. Cet ancien village déserté est un territoire couvert de vigne de hautains dont les tuteurs sont des arbres fruitiers aux branches pouvant atteindre 2,50 m de hauteur. Ces parcelles sont clôturées par d’épaisses haies infranchissables. Cette particularité de culture se retrouve jusqu’à Tarbes et occasionnera de multiples désagréments à la cavalerie ennemie ayant grand peine à progresser et se disperser en dehors des chemins. À l’inverse, ce maquis dans la plaine est propice au déploiement des tirailleurs de la brigade de Fririon appelée immédiatement en renfort. La brigade de Von Bock est rejointe par la 3e division Picton et la colonne du centre force le passage, vers trois heures de l’après-midi. De l’autre côté de l’Adour, apparaît la cavalerie de l’aile gauche alliée. Von Alten traverse l’Adour et vient à l’attaque de notre droite.  À suivre…

Ode au Val d’Adour

octobre 1st, 2017

«L’écrivOeuse, vous lui parlez 5 minutes, elle vous en fait toute une histoire» (1). J’aime cet exergue qui traduit la qualité d’écriture de l’auteure qui me rappelle les écrivains viscéralement attachés à leurs racines. J’ai retenu les passages de témoins attachés à notre terroir. Ce futur retraité doit choisir sa thébaïde : «…Mon épouse et moi avions notre maison d’enfance ailleurs qu’en Val d’Adour et nous hésitions alors entre notre terre de jeunesse et notre terre d’amitié» (Mouvement inversé). Arrivée de son île plate : «Au pied des montagnes d’ici, il a fallu que le temps accentue mon accent d’adoption, pour que, la retraite venue, j’obtienne enfin ma place ici» (Le temps des accents). D’une découverte : «Nous avons installé notre famille à Andrest où notre vie a changé de cap. De la grisaille nous sommes passés à l’arc-en-ciel !» (Terre de renaissance). D‘un témoin qui a bourlingué : «Depuis, quand j’y pense, le trouble me gagne et je me dis qu’il existe des liens invisibles entre les territoires» (Sources). D’une femme bafouée, maltraitée : «Alors, dans un ultime élan vital, j’ai décidé d’ouvrir à nouveau la voie à la lumière…Aujourd’hui, qu’importent les ombres si le soleil passe à travers !» (Que la lumière soit). Étrangère au Pays, elle retrouve l’amitié : «Ici, dans ce village du Val d’Adour, j’ai trouvé les qualités humaines qui me donnent la joie au cœur et le cœur à l’ouvrage» (Ce peu qui m’est beaucoup). Aussi : «C’est un pays de différences où le plaisir est en offrande : il suffit d’ouvrir les yeux pour se servir et partager» (Paix en partage). L’amour de sa commune : «Ce village, je l’ai au cœur. Je ne peux dire si c’est lui que j’habite ou si c’est lui qui m’habite. Sûrement un peu des deux…» (Racines et rameaux). «Au loin, les fumées des batteuses enveloppaient le vacarme des premiers moteurs diesel de machines infernales soulevant la poussière des blés mûrs. La journée ne ressemblait pas à la précédente, mais les odeurs, les bruits et les couleurs annonçaient la suivante» (Mouvement vital). Bravo Martine !

(1)«Val d’Adour en Confidences» – Martine Coutière, photos Damien Michard et CCVM – Collection L’écrivOeuse – Vox Scriba – 12 €.

42 – Guerre des Pyrénées : L’affaire de Maubourguet (suite 2)

septembre 24th, 2017

Le récit d’un habitant de Maubourguet éclaire cette partie de la journée : « Alors les troupes françaises se retirèrent au bois du Marmajou qui est à un 1/4 de lieue de la ville et se joignirent à d’autres troupes qui venaient des côtés du Béarn ; elles s’embusquèrent dans le bois ; les Anglais continueront de défiler. Arrivées au Marmajou nos troupes bondirent sur leur avant-garde qui ne s’y attendant pas, sans doute, perdit beaucoup de monde et entr’autres un colonel qui a bien été regretté par ses supérieurs. Après environ deux heures d’une vive résistance, nos troupes quittèrent le bois et firent leur retraite sur Vic ; quoique l’affaire eût lieu en grande partie sur la route, cela n’empêcha de marcher les Anglais sur Vic au pas accéléré. Les Français les y attendirent encore. Plusieurs coups de canons furent tirés dans la rue d’entrée de la ville ; il y périt beaucoup d’Anglais et peu de Français ; un autre colonel anglais y trouva la mort ». Bock est refoulé en direction de Maubourguet et Berton rejoint Rabastens-de-Bigorre. Deux voies de repli sont possibles. La première, le pont de Lafitole sur l’Adour après la traversée centrale du Marmajou ou, plus bas, où s’offrent deux gués sur l’Adour. Le premier, aux Artigaus, probablement impraticable ce jour-là car il pleut sans discontinuer et le deuxième, près du pont sur l’Adour, sur le chemin de Rabastens de Bigorre. Le Marmajou n’est pas très boisé à cette époque, il est plutôt marécageux. Vic-en-Bigorre prendra la décision d’assainir la partie du bois qui lui appartient et de la replanter en janvier 1821. La fuite à cheval par le pont de Lafitole nous semble la plus vraisemblable. Elle est interprétée par quelques auteurs comme un renoncement ou, même, une faute. Dans son courrier à Clarke, le Mal ne formule aucun grief à son encontre, au contraire : « Monsieur le Duc, l’ennemi a décidé son mouvement sur ma droite hier après-midi au matin et il s’est porté avec la plupart de ses forces sur Maubourguet d’où la brigade de cavalerie aux ordres du général Berton a été repoussée, après avoir fait de belles charges ». Après ce dégagement, Bock revient au lieudit Baloc, à environ 2,5 km de la ville. A suivre…

Historiens et origines du Béarn

septembre 24th, 2017

Orthez ou Lescar ? Quatre siècles de débat pour retrouver la localisation précise de l’antique Beneharnum (1). Le récit des «fors» accordés en 1188, «présentait une version édulcorée de cette histoire pour cacher la situation d’un Béarn qui était passé dans la vassalité du royaume d’Aragon suite à la Reconquista». Une légende fut forgée. Charles Martel ayant vaincu les Sarrasins avec l’aide des Bernois, il les remercia en leur donnant la terre de Béarn avec les dîmes. République sans roi, la mythique Berne pouvait «ressembler» au Béarn tant le mythe bernois satisfaisait les vicomtes de Béarn dans leur revendication d’une souveraineté béarnaise qui les éloignait de la tutelle française. En 1545, Antonius Nebrissensis, historien espagnol, «dévoile l’existence d’une cité nommée Beneharnum» située en Béarn. En 1575, François de Belleforest réfute le mythe bernois sans convaincre. Joseph Juste Scaliger est le premier à rechercher la localisation de Beneharnum et croit que la cité des Béarnais est à Orthez et l’évêché à Lescar. Pourtant la règle générale voudrait que le lieu administratif et le siège de l’évêché se confondent. Pour preuve, assène-t-il : «L’Itinéraire d’Antonin» (IIIe siècle) le prouve ! Querelle de kilométrage. L’Université protestante d’Orthez approuve. Le professeur de théologie Lambert Daneau propose un écriteau décrivant «la source de la ville» sur le portail de l’horloge de la Cité. Accepté, avec les louanges de Jeanne d’Albret, reine de Navarre. Orthez veut détrôner Morlaàs, première capitale, aux États de Béarn. En 1620, Pierre de Marca va dans le sens des revendications du clergé catholique en approuvant la continuité du siège de l’évêché et l’emplacement du vrai Beneharnum…à Lescar. Les controverses, spéculations, polémiques, vont bon train : François de Lavie, Arnaut d’Oihenart, Louis Batcave, Faget de Baure, Planté, Grosclaude. Peu à peu, la «longue marche lescarienne s’impose à Orthez». L’auteur conclut cet excellent ouvrage : «Menée depuis le XVIe siècle, cette recherche n’est-elle pas condamnée à rester vaine…».

(1)«Beneharnum – Les historiens et les origines du Béarn» – Thierry Issartel – Nouvelles Éditions Louis Rabier – 15 €.