8 – Aux Pyrénées : De Lourdes à Argelès

avril 14th, 2018

Lourdes, ville de 3800 habitants, a appartenu aux Anglais jusqu’après le traité de Brétigny. Le duc d’Anjou l’assiégea en 1374 mais le gouverneur Arnaud de Viri la défendit avec vaillance. La Cité possède une fabrique de toile de lin, mouchoirs et crépons. Les vaches laitières y sont abondantes. Parmi les pharmaciens, Failhassou est renommé pour son chocolat stomachique et ses sirops. Deux hôtels confortables : le Lion d’Or et la Clef d’Or. Le calcaire et le schiste sont identiques à ceux de Campan, Bagnères et Labassère. La carrière de marbre lourdaise est à visiter. Une promenade agréable est à faire jusqu’à la grotte nommée le Loup, profonde, à l’eau bouillonnante, survolée par les chauves-souris. Le Lavedan commence aux portes de Lourdes. La nature a délimité les sept vallées correspondantes à celle du Lavedan : Val Surguère (la Batsurguère), Castelloubon (L’Extrême de), Avant-Aigue (Rivière de Davantaygue), la plus étendue, l’Extrême de Salles, Azun (la vallée d’), Saint-Savin (la Rivière de) et Barèges (la vallée de). Chaque vallée a son torrent. Léon Richard poursuit son voyage en direction d’Argelès, à 2 heures et 55 minutes d’une route superbe, bordée de rampes de pierre, qui s’enfonce dans les Pyrénées. «Les précipices d’un côté, flancs escarpés des montagnes de l’autre, offrent les uns leurs abîmes et les autres, leur élévation et leurs crêtes variées de formes et de couleurs. Avant d’arriver au Pont-Neuf, on suit une route tracée entre deux zones de montagnes ; on entend le bruit du gave, on le suit de l’œil, on le voit se perdre et reparaître tour à tour. Ce pont solide fut jeté au confluent du gave de Pau et de la rivière Nez (Nes). Vous voilà à Boo, en face du pré d’Aizy ; plus loin vous apercevez la tour ruinée de Vidalos ; au fond du tableau un vaste amphithéâtre de montagnes». Il arrive à Ost, Ayzac, Bordes et sa carrière de marbre blanc, et, descendant vers le gave, Boos (Boô), Ayros, Préchac, Beaucens, Villelongue, Penère, Anduran et  Vieuzac où c’est là que Barère avait acquis un fief pour se donner un nom : mauvais avocat, orateur verbeux, législateur sans puissance, homme faible et peureux… Léon est fâché avec Bertrand ? À suivre…

Onésime Reclus

avril 14th, 2018

Onésime Reclus est né le 22 septembre 1837 à Castétarbe, près d’Orthez, du pasteur Jacques Reclus et de Zéline Trigant qui auront quinze enfants. Onésime est le dixième. Le père exercera son sacerdoce dans les temples de Castétarbe, Bellocq, Lagor, Biron. «On lit l’Évangile en famille, à toute occasion, en y puisant les règles de l’existence quotidienne et le réconfort de la journée». Remuant, libre et vagabond, à la table familiale où l’on parle à voix basse, il apporte ses facéties. Le pasteur pardonne tout à ce fils qui sait déclencher l’hilarité générale. De ce père, il a hérité du goût pour les latins Lucrèce et Virgile. De sa mère, il a l’intelligence et le talent d’écrivain. Ce petit béarnais a le culte des sources et remonter rivières (la Double) et ruisseaux est un plaisir. Dans les conversations, il éblouit ses interlocuteurs «par sa prodigieuse connaissance des cours d’eau à la surface du globe». Il fait de fréquents séjours à la Roche-Chalais (Dordogne), chez ses grands-parents maternels «où les paysans parlent la langue du grand siècle». Passage obligé à Kornthal, en Forêt-Noire, où l’irréductible Onésime aura de nombreux démêlés avec le directeur mais apprendra l’allemand. En 1849, on l’envoie à Sainte-Foy-la-Grande jusqu’au baccalauréat. Il y rencontre le célèbre philologue Francisque Michel qui défend les Cagots. En 1858, il tire un mauvais numéro et se retrouve à Koléa, en Algérie. Sirocco, marches forcées…Épuisement. Retour à la maison mais l’Atlas et le désert auront forgé sa vocation pour la géographie. En 1860, à Paris, son frère aîné Élisée le recommande à M. Joanne chez Hachette. Il gagnera 150 F le mois comme cartographe. Ses guides portatifs du voyageur s’arrachent. Sa passion, sa réussite se conjuguent. Suivront des ouvrages de géographie sur l’Europe, l’Asie, l’Afrique, la France et ses colonies. Il sera reconnu après la guerre de 1870 pour l’ouvrage «La Nouvelle Géographie universelle» qui fera le succès de Hachette pendant trente ans. En 1850, à 35 ans, il épouse Marie-Louise Schmahl, féministe convaincue. Un beau livre.

1 – «Le Génie des Frères Reclus-Onésime Reclus» de Gérard Fauconnier  1837-1916 –  Éditions Gascogne – 23 €

7 – Aux Pyrénées : De Tarbes à Lourdes

avril 7th, 2018

Léon Richard a trouvé beaucoup de qualités hospitalières à Tarbes. En particulier, sa Bibliothèque qui compte quelques ouvrages rares et beaucoup de bons livres anglais. Le commerce local avec sa quincaillerie, épicerie, draperie, fabrique de papier et ses tanneries. Le séjour est peu onéreux à Tarbes. On y est fort bien dans ses hôtels pour 5 F à 6 F par jour. Un bon dîner coûte 2,50 F, un déjeuner pour 1,50 F à 2 F et une chambre de 1 F à 1,50 F. Richard a visité le haras royal, route de Bagnères, où il a admiré de beaux étalons. Aux grands hôtels de France de la Paix ou de l’Europe, il a apprécié de pouvoir choisir entre une voiture ou une grande diligence pour aller aux eaux thermales. Puis, il a pris la direction de Lourdes, distante de 5 lieues de Poste (4383,889 m x 5) soit 21,919 km. Franchissant le pont sur le canal de La Gespe, il a pu admirer les terres fécondes autour de Tarbes, la vigne distribuée en festons et en guirlandes sur des hautains régulièrement alignés, la fraîcheur des prairies arrosées par l’Adour et l’Échez. Il a remonté cette belle plaine, laissant Odos, rive gauche, où la reine Marguerite se plaisait à séjourner. On entre dans les bois d’Ossun, on traverse le pont et la rivière de Rieutort. Arrivée à Adé, village propre de 600 habitants avec quelques jolies maisons. Descente et remontée, approche des montagnes, spectacles imposants, agrestes, car tantôt on perd de vue le Gave qui roule et mugit à une assez grande profondeur. On est au pied des Pyrénées, Lourdes, enfin, après 1,30 h de route. «Premier degré d’un magnifique amphithéâtre de deux montagnes pyramidales où l’on exploite des carrières de marbre et d’ardoises. Le Gers (Pic du Jer) et le Beut (Béout) renferment cette ville. Dans l’enceinte dont elle marque l’étendue, on découvre le château sur un rocher calcaire, isolé de la chaîne qui a quelque chose d’aérien. Sa tour carrée occupe la partie la plus élevée de ce rocher escarpé. Plus loin, est un ancien pont sur le gave qui coupe le cirque. Le torrent se déploie sur un beau tapis de verdure au milieu d’accidents qui donnent un aspect imprévu et nouveau pour les yeux accoutumés à l’uniformité des plaines». À suivre…

Les Juifs de Bayonne

avril 7th, 2018

Ernest Ginsburger est né le 15 avril 1876 à Héricourt dans la Haute-Saône, dans une famille d’origine alsacienne (1). Emmanuel, son père, et Jeannette Boneff, sa mère, sont nés dans le Haut-Rhin. En 1784, la plupart des juifs partiront vers Paris ou vers les grandes villes américaines. Le judaïsme alsacien de la famille Ginsburger est un judaïsme rural où l’on s’applique rigoureusement les obligations religieuses. En 1872, il faut choisir : l’exil ou la nationalité allemande. Emanuel est le seul de la fratrie à quitter l’Alsace. Enfant, on le présente à une salle d’asile, ancêtre de la classe maternelle laïque fondée en 1881. Cette famille petit bourgeoise a choisi d’écarter l’école des sœurs catholiques et celle des protestants. Entrée au séminaire israélite «Talmud Tora» au Quartier latin. Refus du poste de rabbin à Dijon pour cause de…célibat. Genève l’accueille en 1908. Août 1914 : le 2e classe Ginsburger ira défendre la patrie et rejoint le 18e Corps d’armée, à Bordeaux, comme brancardier militaire avec fonction d’aumônier israélite. En 1919, il épouse Germaine Zivy ; c’est un beau mariage. En 1924, il est appelé comme grand rabbin à Bruxelles. Il arrivera à Bayonne pour les fêtes d’automne de Rosh-Haschana et Kippour, en septembre 1930. Il éblouit la communauté locale par son éloquence et sa distinction. Le Consistoire le nomme grand rabbin. Conférencier, historien, il s’attelle à l’histoire de la communauté israélite de Bayonne pour la période ante-révolutionnaire et la Révolution. Puis, une deuxième partie, sur l’activité civile et politique de la communauté depuis 1789. Les premiers juifs arrivent à partir d’octobre 1516. Chassés du Portugal et d’Espagne, 200 familles s’installent à Bayonne et à Saint-Esprit. L’auteure accompagne le travail de «bénédictin» – 680 pages – de recherches du grand rabbin sur le temple, les écoles, cimetières, conversions, processions, domestiques chrétiennes, professions, médecins, propriétaires, mœurs, délits et crimes, pont de l’Adour, commerces, chocolat, tabac, courtiers, corsaires, l’or, etc. Impressionnant !

1 – «Les Juifs de Bayonne» d’Ernest Ginsburger par Anne Oukhemanou –  Éditions Atlantica – mars 2018 – 26 €.

6 – Aux Pyrénées : Tarbes une ville si agréable

mars 31st, 2018

Léon Richard décrit Tarbes, chef-lieu des Hautes-Pyrénées, comme une cité de 13000 habitants ayant beaucoup d’atouts. D’ailleurs, n’écrit-il pas : «Peu de villes se présentent aussi agréablement». L’essentiel est dit mais le détail donne envie d’y voir. «Capitale du comté de Bigorre, Tarbes est arrosée par l’Adour, qui du centre des Pyrénées s’échappe d’une montagne d’où il jaillit et bondit en cascades. Distribué dans une rue de deux milles de longueur (Deux milles romains = 2,958 km), il y entretient la fraîcheur et la salubrité. Les maisons, peu élevées, bâties en marbre et en briques, n’ont d’autre ornement qu’une propreté qui flatte l’œil. Le château des comtes sert de prison. Tarbes possède une préfecture, un évêché, un collège royal, un dépôt d’étalons, une bibliothèque, un théâtre, etc.». Les curiosités qu’il y remarque sont celles-ci : la salle de spectacle, les rues larges et aérées, arrosées par les eaux de l’Adour, les murs construits avec des cailloux roulés de la rivière, les cadres de diverses croisées et le seuil des portes en marbre du pays. Autres curiosités : la cathédrale, l’ancien évêché devenu hôtel de la préfecture, la place du Maubourguet entourée de cafés et d’hôtels, celle du Marcadieu où se tient un grand marché tous les quinze jours. Autre enchantement : la place du Pradau, fraîche et aérée avec son magnifique panorama de montagnes, les prairies qui bordent le Pradau et de jolis jardins. Il a un petit faible pour notre chef-lieu parce qu’il attire «des peuplades si variées qui se réunissent pour échanger ce qu’elles ont de trop contre ce qu’elles ont de moins». Les costumes les plus pittoresques en disent long sur l’économie locale. Là, se trouvent amoncelées des laines filées, des blés, des pommes de terre, des fromages, des viandes salées, des fourrages, des instruments de labourage, des bœufs, moutons, chèvres, chevaux ; des draps, bure, toiles, et une modeste quincaillerie qui fait plaisir. Les femmes ont revêtu ce jour de marché leurs plus beaux atours. Beaucoup de familles parcourent 20 lieues pour retourner chez elles. Richard a vu des pâtres faire un trajet de tout un jour pour échanger une pièce de lard. À suivre…

Encyclopédie de la Gastronomie Occitane

mars 31st, 2018

De la pêche à l’art de cuisiner, cette encyclopédie passionnée de la gastronomie occitane nous fait découvrir les ressources de la Méditerranée (1). Ici, la parole est donnée aux gens de la mer, pêcheurs, conchyliculteurs, poissonniers et pisciculteurs de toute la région. Comme l’affirme l’éditeur : «Cet ouvrage est une ode aux richesses marines et aux terroirs». Le parrain de ce livre de 400 pages est Pascal Borrell, chef étoilé du Fanal à Banyuls-sur-Mer, choisi pour sa connaissance parfaite des produits de la mer, ses secrets et ses tours de main. Carole Delga, présidente de la région Occitanie, souligne que l’attention des reporters s’est portée sur le contenu de l’assiette, un fait culturel qui se transmet de génération en génération. Si nous sommes la région du «bien vivre» et du «bien manger», cette culture de la table n’est possible qu’à partir d’une véritable culture des produits régionaux. Puis, c’est au tour de Pascal Borrell de raconter «sa» Méditerranée, celle de son enfance, et de livrer les secrets de ses grands-parents. Cette mer est riche de 550 poissons différents. Voici les plus connus : anguille, dorade royale, loup, sole, Saint-Pierre, turbot, rouget, gallinette ou grondin, rascasse, baudroie, thon, sardine, anchois, maquereau, poulpe, calmar et seiche, homard, langouste, morue, truite. Ajoutons les huîtres, moules, murex, couteaux, tellines et oursins pour les chercheurs actifs. Ce trésor aquatique s’étale tout au long de 250 km de rivages aux environnements contrastés. De Barcarès au Grau-du-Roi, un chapelet de 22 lagunes, improprement appelées étangs, couvrent 40000 ha. La flotte artisanale d’Occitanie occupe 600 petits bateaux. Constat dramatique : la flotte a fondu de 50% en 15 ans. Les carnets d’adresses des 13 départements d’Occitanie où l’on trouve d’excellents produits ferment la marche. Les textes proposés, soutenus par de superbes photos, augure fort bien de la suite de cette série inédite : les fromages, le vin et les eaux, la viande et le gras, les fruits et les légumes. À déguster sans retenue.

1 – «Les Poissons et fruits de mer» – Textes  Véronique Maribon-Ferret, photos Alain Félix –  Éditions Privat – novembre 2017 – 24 €

5 – Aux Pyrénées : Habitants de la montagne

mars 24th, 2018

Léon Richard porte un jugement sur les habitants des Hautes-Pyrénées qui demande une lecture attentive. Selon lui : «L’habitant jouit sans trouble des solides richesses d’un climat aussi favorable au plaisir qu’à la santé. Le Pyrénéen montagnard est léger, un peu malin, mais poli sans simagrées. Aimant le vin, je n’ai pas trouvé un seul homme ivre. Ce n’est pas seulement le plaisir de boire qu’il cherche dans son isolement, c’est le chant, la gaîté, l’agrément des réunions. Ardent, jamais cruel, il n’est ni fanatique ni crédule. le respect pour les propriétés est si grand qqu’on trouve rarement des serrures et des clefs aux portes des maisons, fermées d’un simple loquet, mais chacune possède une carabine et des ustensiles de bois…Vous ne trouvez pas parmi eux cette foule de mendiants qui attestent l’imperfection des institutions sociales. Comme ils sont sans palais, ils sont sans hôpital. Dans les vallées supérieures, leur voix est forte et bruyante : on reconnait qu’elle appartient à des hommes errant souvent dans de vastes solitudes et dont les accents, traversant de profondes vallées, vont provoquer sur la montagne opposée la voix des pâtres voisins. Les femmes sont généralement habillées avec peu d’élégance ; on rencontre souvent ces femmes laborieuses, infatigables, ayant tout le poids des soins de leur ménage, allant partager les travaux de la campagne qui ne devraient être exécutés que par des hommes». Pour terminer ce chapitre, des conseils de Léon Richard bien utiles. Se vêtir chaudement avant les longues ascensions, se munir de guides pour les passages difficiles ; si l’on est à cheval, laisser l’animal libre, son pas est assuré, infaillible. Ne monter qu’à pas lents, porter des souliers à épaisse semelle, un bâton avec une pointe en fer pour marcher plus facilement dans les descentes, franchir les crevasses. Ne jamais boire de l’eau de neige, s’abstenir de laitage et de crème ; se défier des illusions d’optique : souvent on croit toucher de la main une montagne, un glacier ; près d’un précipice, y plonger son regard, y accoutumer son œil : on n’aura pas de vertige ; se défier des contes des voyageurs, de la prudence avant tout. À suivre…

Le cinéma de Marie-Louise

mars 24th, 2018

Bernard Bluteau rencontre les 12, 19 et 26 juin 2017 la très alerte Marie-Louise Barberot – 92 ans – qui lui narre une vie consacrée au cinéma, comme chef monteuse (1). Née le 17 juin 1925, à Paris, son père dirige un atelier de nettoyage de luxe à Rueil, sa mère vit à Montmartre. Elle fait du théâtre à l’époque de Sarah Bernhardt, sa cousine, son arrière-grand-père est le frère de la mère de Sarah. L’extravagante actrice faisait l’objet des conversations familiales jusqu’à satiété. Jacqueline, maman de Marie-Louise, «tenait tête à Sarah qui adorait ça». Ses parents ont une résidence estivale à Horsarrieu (Landes) où ils se rendent l’été 1940, puis son père doit travailler à Cannes. Une amie kurde de Marie-Louise et une jeune juive tchèque les accompagnent. Drôle de guerre. S’ensuit le récit sur l’exode meurtrier qui se rapproche où «tout se disloque» et, dans les esprits, les craintes d’une invisible Cinquième colonne. À 17 ans, sans diplôme, elle entre au service cinéma de l’Armée replié à La Bourboule. Ici, pas de propagande mais des films à monter style «travail-famille-patrie». Les Allemands envahissent la zone libre. Repli sur Chatel-Guyon et retour à Paris…dans le cinéma civil. La femme d’un ami de son père est monteuse. Rencontre. Montage de la pellicule, ciseaux, colle et pinceau, pendant 40 ans ! Son chef-d’œuvre, son Everest, l’Oscar du montage de la bande sonore du film «Le jour le plus long» de Darryl F. Zanuck, en 1962. Potins inévitables : Antony Quinn vole la vedette à Gina Lolobrigida dans «Notre Dame de Paris», Alain Delon intéressé, insupportable, Eddie Constantine le faux dur, Edwige Feuillère victime de trop de rajeunissements, Michèle Morgan toujours adorable, Jean Marais l’ami fidèle. Et de grands professionnels : Jean Delannoy, Jean Renoir, Henri Decoin, Joseph Kosma, le compositeur. Ah ! Ce grand-père maternel Jean-Baptiste Vernay qui a inventé la fabrication des bouteilles en verre…un brevet trop tard déposé ! Merci Bernard. Longue vie Marie-Louise.

1 – «Une vie de cinéma» – Marie-Louise Barberot & Bernard Bluteau –  Éditions Gascogne – mars 2018 – 15 € – On peut se procurer l’ouvrage chez CAIRN – 64160Morlaàs – Tél : 0559274561

4 – Aux Pyrénées : Cirques, amphithéâtres, lune et soleil

mars 17th, 2018

Léon Richard admire ces sortes de magnifiques cirques ou d’amphithéâtres qui forment les intervalles qui les séparent et que les habitants nomment oules. L’oule de Gavarnie est sans concurrence. Celle d’Estaubé, beaucoup plus développée, est «moins remarquable». Celle qui les surpasse, c’est l’oule d’Héas. Lorsque l’on atteint le plateau de Troumouse, avançant vers le cirque majestueux, les deux chaînes ont une blancheur qui contraste fortement avec le ton rembruni des murailles qui les accompagnent. Léon Richard décrit avec lyrisme l’enceinte de Troumouse – 900 m de haut, 7792 m de circuit – qui réunit les deux branches du croissant : «chargée de glace, hérissée d’aiguilles, sillonnée de profondes déchirures d’où s’écoulent des torrents de ruines, elle maintient, par la fierté de ses formes, l’espèce de prééminence que lui assure sa situation seule. L’air est libre, le ciel ouvert, la terre parée de verdure ; de nombreux troupeaux s’égarent dans cette étendue dont ils ont peine à trouver les limites. Trois millions d’hommes ne la rempliraient pas ; dix millions auraient place sur son amphithéâtre : et ce superbe cirque se trouve, à la crête des Pyrénées, à 1800 m d’élévation et au fond d’une gorge hideuse où le voyageur se glisse en tremblant le long d’un misérable sentier dérobé aux précipices». Et bé, Léon, tu me fous la chair de poule ! Il a grimpé au Pimené, au Mont-Perdu, au Cylindre, au Marboré. Il cite Ramond qui recommande de voir les tours et les créneaux, pas séparés, de loin, mais de près, ensemble. Il faut dominer ces vallées, ces cirques, ces amphithéâtres et les sources des longues cascades. «C’est dans les gorges tortueuses qu’il faut voir la lune épandre sa lumière empruntée, projeter des ombres douteuses sur les sommets couverts de neige, autour de pics entrouverts et noircis par la foudre… Qui pourrait saisir les nuances infinies produites par le soleil penchant vers son déclin, peignant le bord des nuages de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel ? Qui pourrait décrire ce mélange de lumière et d’obscurité s’épaississant du fond des précipices jusqu’aux cimes les plus élevées, voile tout et dérobe enfin la forme des objets ?». À suivre…

L’intimité d’un poète

mars 17th, 2018

«Au mois d’octobre 1900, Edmond Rostand s’installe à Cambo-les-Bains» (1). Paul Faure est né à Bordeaux en 1876 dans une famille bourgeoise et fortunée. Écrivain délicat, possédant une maison à Saint-Jean-de-Luz, il deviendra l’ami et le confident du célèbre poète. Après toutes les marques d’attachement qu’il manifesta à la famille Rostand, il parvint à convaincre la municipalité de Cambo d’acquérir le domaine d’Arnaga, en 1960. Décédé en 1968, l’historiographe est inhumé dans cette terre basque qu’il aimait tant. Edmond Rostand, Rosemonde Gérard, son épouse, et les deux enfants Maurice et Jean, s’installèrent dans la maison Etchegorria que découvrit Paul Faure lors d’une première invitation. Il fut frappé par la gentillesse des domestiques et l’accueil que lui réserva la maîtresse de maison : «Son geste d’accueil, son beau visage, son sourire, sa voix, d’elle tout est gracieux». Lors de promenades du soir, le poète aimait partager ses projets avec ce compagnon qui l’écoutait si bien. Mais c’est Rosemonde qui révèlera, peu à peu, l’âme du génial poète. Elle dévoilait ainsi l’impatience de son grand homme, son indifférence à la foule quotidienne des admirateurs, flatteurs et quémandeurs. Elle confiera à l’écrivain que sans son opiniâtre action de conseil, son mari, jamais satisfait de sa dernière œuvre, aurait laissé sombrer dans l’oubli les Cyrano, L’Aiglon, la Princesse lointaine. Les voyages à Paris par chemin de fer deviendront une corvée. Peu à peu l’évidence s’impose : Cambo-les-Bains et son climat apaisant seront le refuge propice à la création. Après des recherches obstinées, un lieu romanesque sera trouvé en 1902 : Arnaga. Six années de travaux seront conduits et fréquemment modifiés par le maître des lieux avec, en parallèle, un chantier poétique : Chantecler. L’entrée sous la Coupole du poète fut grandiose. Sa popularité devint nationale. Paul Faure nous introduit avec subtilité auprès de la famille, les amis et les personnalités qui furent reçues par Edmond Rostand. Ce dernier est décédé de la grippe espagnole le 2 décembre 1918, à Paris.

1 – «Vingt ans d’intimité avec Edmond Rostand» – Paul Faure – Éditions Atlantica – novembre 2016 – 17 €