38 – Guerre des Pyrénées : Prévoir l’ennemi

juillet 8th, 2017

Le Mal doit faire nettoyer les armes, remplacer les munitions, faire rentrer 3 à 4000 fuyards qui se sont portés sur les arrières, organiser le service des subsistances, nommer des officiers aux postes devenus vacants et ramasser des souliers pour 2 à 3000 hommes pieds nus. Fataliste, il déclare «Si à Bordeaux et aux bords de la Garonne l’on est français et si l’on veut se défendre, tous les partis ennemis qui se présenteront doivent être enlevés; mais je crains qu’il ne faille employer des moyens coercitifs pour déterminer les habitants». La cavalerie de Lord Wellington se répand dans tout le département des Landes et dans celui du Gers. Sa supériorité numérique est telle que le Maréchal est impuissant devant ses « promenades ». Face à 3 ou 4 cavaliers ennemis, les communes se soumettent. La faiblesse des autorités et le manque d’énergie des habitants sont affligeants « Si les habitants voulaient, déjà l’on aurait enlevé plus de 1000 hommes de cavalerie aux ennemis ». En cas de poussée de Lord Wellington, le Mal Soult indique les lignes de retraite à ses lieutenants généraux. Reille a pour mission de venir soutenir d’Erlon, en seconde ligne, et de protéger les grandes routes de Maubourguet et de Vic-en-Bigorre. La cavalerie de Berton manœuvrera sur le plateau de Lembeye et opérera son mouvement sur le plateau de Labatut et Lahitte-Toupière afin de couvrir les grandes routes qui mènent à Maubourguet et Vic-en-Bigorre puis rallier le 13e Rgt de chasseurs de Jacques Vial. S’il est forcé, le général Berton donnera l’ordre à ce régiment, positionné sur les hauteurs de Villepinte, de rallier Vic-en-Bigorre. Lui-même laissera des postes d’observation du côté de Castera-Loubix et de Villepinte et rejoindra l’armée sur la route de Morlaàs. Dans ce mouvement, le comte Reille préviendra aussitôt le parc d’artillerie, sur les hauteurs en arrière de Villepinte, et donnera l’ordre de se mettre en marche, sur le champ, pour gagner la grande route de Tarbes à Ger sur Landes. Si vraiment il y a un danger, il opérera son mouvement sur le plateau de Labatut, en suivant la grande route de Vic-en-Bigorre, par Villepinte, en suivant la grande route de Morlaàs.  À suivre…

Cap-de-Long/Pragnères

juillet 8th, 2017

Entre Néouvielle, cirque de Gavarnie et Vignemale, entre vallée d’Aure et vallée du Gave de Pau, et 60 ans d’une histoire d’hommes et de femmes, précise l’Éditeur (1). L’histoire du barrage de Cap-de-Long, à 2160 m, prolongée par la centrale hydroélectrique de Pragnères, à 910 m, c’est l’histoire d’un patrimoine industriel qui a nécessité 7 ans de construction – 1947-1954 – pour une retenue d’eau de 67 m3. Après une présentation géographique et géologique magistrale des lieux, les besoins de l’après-guerre font que la production électrique est déclarée vitale. La loi du 8 avril 1946 donne naissance à E.D.F. et «les vallées pyrénéennes voient fleurir un nombre important de chantiers». Ce projet avait déjà été envisagé par les Ponts et Chaussées, au XIXe siècle. L’annonce des grands travaux ne va pas être accueillie avec enthousiasme. Les municipalités craignent de perdre leur souveraineté. Très vite, les paysans accusent E.D.F «de vouloir tuer l’agriculture et dessécher les vallées… Les barrages et les pylônes gâteront les plus majestueux paysages». Luz-Saint-Sauveur, Barèges, Saint-Lary, Aragnouet, sont circonspects et demandent des garanties. Bon gré, mal gré, le barrage se construit et prend une forme gigantesque : 275 m de longueur et 4,50 m de largeur en crête, 101 m de hauteur au-dessus des fondations, 30 m d’épaisseur. Les auteurs soulignent le rôle considérable joué par les mulets et les muletières dans le transport abandonné depuis la fin du XIXe siècle. Un compresseur de 150 k pouvait être chargé sur ces braves bêtes pour l’amener à 800 m plus haut. En quatre ans, 3000 ouvriers œuvrèrent sous de rudes conditions climatiques, une sécurité quasi inexistante, à 2000 m d’altitude. Mais, le résultat est là. Somptueux ! Parti de Tarbes, le 18 mai 1954, un cortège de personnalités officielles, en tractions avant Citroën et Peugeot 203, grimpe jusqu’à Pragnères et Cap-de-Long. Un texte très bien documenté, des photos absolument sublimes, un ouvrage à offrir, digne du plus beau des cadeaux.

  1. « Cap-de-Long/Pragnères, un barrage pour deux vallées » d’Alexandre Pau et Étienne Follet – Éditions Privat – Décembre 2013 – 29,90 € – blog.claudelarronde.fr

37 – Guerre des Pyrénées : L’engueulade au Maréchal

juillet 1st, 2017

Depuis le 4 mars 1814, l’Empereur connaît la nouvelle de la défaite d’Orthez. Le ministre de la Guerre décrit les sentiments du monarque : « Son étonnement est au comble qu’avec d’excellentes troupes comme celles qui sont sous vos ordres, vous ayez pu avoir du dessous. Sa Majesté a trouvé que c’était déjà une très grande faute de vous être laissé attaquer. Elle m’ordonne à ce sujet de vous faire connaître qu’Elle attendait de vous plus de vigueur et que vous n’avez pas déployé toute celle qu’Elle a droit d’exiger de vous dans les circonstances actuelles et en effet, à la guerre, la vigueur ne consiste pas seulement à attendre l’ennemi de pied ferme, mais bien plus encore à le surprendre et à le prévenir dans toutes ses résolutions. L’intention de l’Empereur, M. le Mal, est que vous donniez de suite une autre direction à vos opérations en faisant une marche de flanc qui couvre la Garonne et reporte la guerre par Tarbes sur Pau, de manière à ce que vous ayez toujours votre gauche appuyée aux Pyrénées. Ce système d’opérations est toujours celui qui a été reconnu comme le seul convenable à adopter dans la guerre que vous faites et cependant les dernières nouvelles que je reçois de V. E. m’apprennent qu’Elle s’en écarte de plus en plus ou du moins que ses idées ne sont pas encore bien fixées à cet égard ».  Le 8 mars, le Mal concède que sa cavalerie ne peut être mise en ligne sans subir de très grandes pertes. Les 6 régiments de chasseurs et le régiment de hussards ont tous perdu un certain nombre d’hommes et de chevaux depuis la reprise des opérations, surtout le 21e Rgt de chasseurs. Le Mal dispose de deux brigades de cavalerie. La 1re est composée du 2e hussards (Saint-Jean d’Angely), 13e (Niort) et 21e chasseurs (Libourne). La 2e brigade est composée des 2e (Poitiers), 5e (La Rochelle), 10e (Saint-Maixent) et 15e chasseurs (Montauban). Il adresse au duc de Feltre trois proclamations que « Lord Wellington et l’ex duc d’Angoulême ont fait répandre dans le pays pour exciter à la rivalité, au parjure et à la guerre civile. C’est avec ces odieux moyens que ces ennemis font la guerre et qu’ils cherchent à énerver le courage des habitants du Midi ».  À suivre…

Prosper Roch le guide du Castelbieilh

juillet 1st, 2017

Louis Maslies de Saint-Lézer me communique un opuscule intitulé «Saint-Lézer, son couvent et la ville d’Orre – Aux enfants de mon village» écrit en 1881, par son arrière-grand-père Prosper Roch (1821-1906), instituteur de la IIIe République, en retraite. Cet aïeul, petit-fils d’un émigré lorrain venu s’installer dans la plaine de l’Adour à la fin du XVIIIe siècle, bâtit une modeste demeure au-dessus du Castelbieilh (Le vieux château) et découvre quelques vestiges d’architecture romaine : torse de marbre blanc, pièces de monnaies antiques et un jeune homme nu doté d’un appendice caudal. Ce «Faune de Saint-Lézer» précédera la découverte d’une belle tête de femme en marbre de Saint-Béat peint, dans l’aménagement de son verger. L’ensemble est offert à la Société Académique des H.P pour le Muséum de Tarbes (Jardin Massey). Il s’enthousiasme pour ce site Bigourdan majeur – Néolithique et Âge de Bronze (1) et fait la connaissance de deux érudits de Vic-en-Bigorre : Norbert Rosapelly, receveur municipal à Vic-en-Bigorre et Xavier de Cardaillac, avocat à Tarbes, qui se passionnent, eux aussi, pour cette antique cité. Prosper Roch devient leur guide et de cette triple collaboration naît l’ouvrage «La Cité de Bigorre, Civitas Turba ubi Castrum Bigorra – Orra-Saint-Lézer» publié en 1890 et curieusement signé par les deux seuls vicquois. L’inventeur du site aurait pu en concevoir quelque dépit… Les deux érudits voulaient démontrer «que le Castrum Bigorra, évoqué dans un document administratif du IVe siècle (2), était le centre politique et religieux des Bigerrionnes avant d’être détrôné par Tarbes». S’ensuivit une vive polémique entre historiens et érudits locaux qui défendaient vigoureusement l’ancienneté du Castrum, tour à tour, à Tarbes ou à Saint-Lézer (3). En hommage à l’instituteur du village, chercheur archéologue, décédé le 21 octobre 1906, la municipalité de Saint-Lézer a déposé une plaque et baptisé une petite place du patronyme Prosper Roch.

1 – « Préhistoire des Hautes-Pyrénées » – Jacques Omnès – Association G. Mauran – 1987.

2 – « Castrum Bigorra St-Lézer » – Christian Darles – CCVM – 2012.

3 – « De Bigorra à Saint-Lézer » – Roland Coquerel – B.C.P – 1990.

36 – Guerre des Pyrénées : L’avoine pour les chevaux

juin 24th, 2017

Le 8 mars 1814, le général Maransin écrit à Antoine de Pujo-Lengros, maire de Vic-en-Bigorre, pour lui communiquer l’état nominatif des déserteurs de sa commune :  Auguste Abadie et Pierre Claverie. Le 10 mars, d’Arbaud-Jouques s’émeut de la fuite des “grains, bœufs et autres comestibles vers le département des Basses-Pyrénées occupé par l’ennemi”. Ce jour-là, le quartier général de l’armée des Pyrénées se rend dans la ville de Tarbes avec une partie de la cavalerie. Cette arrivée massive de chevaux met le maire de Tarbes dans l’obligation de faire appel à ses administrés, une nouvelle fois, pour la subsistance des équidés : “Le défaut d’approvisionnement de l’avoine dans cette place nous met dans la nécessité de faire un appel aux habitants de cette ville qui en possèdent, afin de venir promptement aux besoins indispensables de l’Armée qui depuis longtemps et jusqu’ici a garanti cette cité de l’invasion de l’ennemi. En conséquence, j’invite tous les citoyens de la ville possesseurs d’avoine de s’empresser à verser, sur le champ, chacun selon ses ressources, la quantité d’avoine dans le magasin établi dans la maison du sieur Fouchou, rue du Portail Devant, occupé à loyer par M. Blanche. Le garde-magasin leur fournira un récépissé à la vue duquel l’avoine leur sera payée sur le recouvrement d’un rôle de répartition qui sera fait sur la totalité des habitants, au marc-le-franc des contributions. Faute par les habitants d’obtempérer à la présente invitation, il leur est déclaré qu’il sera fait sans retard, des recherches à domicile ainsi que cela est ordonné par la lettre de M. le Préfet en date du jour d’hier. Le Maire juge trop bien du zèle et du patriotisme de ses administrés pour croire qu’il n’aura pas besoin d’user de cette mesure. La présente invitation sera publiée sur le champ dans tous les quartiers de la ville”. L’invitation a une tonalité comminatoire et l’habitant est sollicité, sans relâche, pour la fourniture de chaussures pour tous les hommes de troupe, de selles, brides et avoine pour les possesseurs de chevaux, de pain, vin et linge pour l’hospice civil, le numéraire n’étant pas refusé et suppléer à la carence d’approvisionnements. À suivre…

L’orgue de Vic-en-Bigorre : un patrimoine

juin 24th, 2017

Michel Latour, né en 1819 à Arreau, est nommé curé doyen de Vic-en-Bigorre, le 25 mai 1864. En cette période conservatrice, il fut un animateur spirituel dynamique, aimé de ses ouailles. L’intérieur de l’église Saint-Martin lui apparaît bien froid et il fait poser des vitraux de couleur avec personnages aux trois croisées orientales, puis un peu de mobilier et de décoration. Appelé le 13 août 1826, le bayonnais Jeandelle demande 3000 F pour «réparer l’instrument (l’orgue). Cette somme peut paraître un peu forte mais j’ai des références ! J’ai déjà réparé les orgues de la cathédrale de Tarbes, Bagnères et Lourdes». On s’exécutera…doucement : 1000 F le 1er janvier 1827, autant en 1828 et le solde en 1829. Le maître facteur a une oreille très sûre mais une orthographe à résilier les contrats : «Jarive au moi de septembre, il fau me construire un petit escallé pour évité la jambe cacée». En octobre 1826, il signale qu’il ne pourra venir car, ayant coulé étain et plomb pour les tuyaux et porte-vent, la chaleur du métal lui «a porté» le sang à la tête. La pose de sangsues le met sur le flanc. Le 26  octobre, il est en route. Le 5 novembre, il prend les «bains» à Bagnères-de-Bigorre. En avril 1827, les grosses réparations sont terminées. L’organiste Ouerta trouve «l’instrument» de 1622 parfait. Le 2 novembre, Jeandelle demande 350 F pour d’autres réglages et…disparaît. Le 5 octobre 1864, Michel Latour demande à Baron, facteur d’orgues, de restaurer l’orgue (1). Ce dernier placera trois claviers neufs en acajou, ébène et ivoire, ainsi qu’un nouveau système de soufflerie avec parallélogramme. Coût pour la municipalité : 4000 F. Baron est déclaré «suffisamment entendu». Il démonte et remonte l’ensemble, en 1864 et démissionne après le refus de la Ville de lui donner 100 F/l’an pour réparer les «dérangements du mécanisme». En 1876, on lui reconnaît, enfin, la pleine responsabilité de l’entretien de l’orgue mais on lui refuse la garde de la clé de la tribune. Non mais ! Décédé en 1897, le chanoine Michel Latour veille sur notre patrimoine…

(1) Communication d’Odile Sablayrolles, organiste, lors d’une Rencontre d’information sur l’état de l’Orgue et sa nécessaire restauration.

35 – Guerre des Pyrénées : Un rappel à l’ordre patriotique

juin 17th, 2017

Le 8 mars 1814, de son quartier général à Rabastens, le Mal Soult lance une proclamation aux soldats de l’armée des Pyrénées, ses propres soldats, mais, au-delà, c’est un appel à tous les départements traversés du Midi de la France pour un sursaut patriotique. Il y fustige l’armée de Wellington : “Soldats ! Le Général qui commande l’armée contre laquelle nous nous battons tous les jours a eu l’impudeur de vous provoquer et de provoquer vos compatriotes à la révolte et à la sédition. Il parle de paix et les brandons de la discorde sont à sa suite. Il parle de paix et il excite les Français à la guerre civile. Grâces lui soient donc rendues de nous avoir ainsi fait connaître ses projets ! Dès ce moment, nos forces sont centuplées et dès ce moment aussi il rallie lui-même aux aigles impériales ceux qui, séduits par de trompeuses apparences, avaient pu croire qu’il faisait la guerre avec loyauté”. Plus loin dans le texte, il blâme les habitants coupables d’accueillir et d’héberger l’ennemi : “Vouons aussi à l’opprobre et renions pour Français qui, pouvant se défendre personnellement, se prévalent de prétextes spécieux pour s’en dispenser, et ceux qui, par corruption ou par indolence, accueillent des déserteurs au lieu de les repousser avec indignation, et de les ramener dans les rangs. Dès ce moment il n’y a plus de lien entre eux et nous, et nous pouvons anticiper sur l’inexorable histoire qui portera avec exécration leur nom à la postérité !” La proclamation s’achève par un véritable cri de foi en l’aigle impériale et en la France “Quant à nous, notre devoir est tracé : Honneur et Fraternité ! Voilà notre devise. Combattre jusqu’au dernier les ennemis de notre auguste EMPEREUR et de notre chère France… Contemplons les efforts prodigieux de notre grand EMPEREUR et ses victoires signalées qui éterniseront le nom Français ; soyons dignes de lui, et alors nous pourrons léguer, sans tache, à nos neveux, l’héritage que nous tenons de nos pères. Soyons Français et mourrons les armes à la main plutôt que de survivre à notre déshonneur”. Si nous devions illustrer les qualités du militaire Soult, nous pourrions reprendre toutes ces lignes sans en omettre une seule. À suivre…

Un Bigourdan à l’Opéra

juin 17th, 2017

Par sa construction, cette biographie d’un Bigourdan quasiment inconnu se lit comme un roman historique de Robert Merle (1). François Lay est né en 1758, à Labarthe-de-Neste, de parents paysans. Il est formé au chant par Dunand, maître du chœur d’enfants du couvent de Garaison. Un froid matin de 1770, deux chanoines du couvent entendent la voix cristalline de François en l’église Saint-Jean Baptiste. Leur religion est faite, les études et l’éducation de ce prodige seront payés par les chapelains. Tout émerveille le garçon de 12 ans : la beauté du sanctuaire, la statue de la vierge miraculeuse, la peinture naïve, les ors. Turbulent et cabochard, il veut s’émanciper. À 17 ans, il est reçu par les chanoines de la cathédrale d’Auch. Ce soliste attire la foule des curieux. Le Kyrie et le Gloria sont pour lui, déjà, une consécration. Il obtient une bourse pour un doctorat de théologie à Toulouse. Il y rencontre Bertrand Barère. Leurs opinions rousseauistes les rapprochent. Le jour de Pâques 1779, dans la cathédrale de la ville, l’Intendant du Languedoc l’entend dans le Gloria porte-bonheur. Il voit pour lui l’Opéra de Paris. François Lay reçoit lordre de se présenter à l’Académie Royale de Musique. En juin 1779, il réussit son entrée comme «doublure baryton» mais on se moque de son nom, Lay = laïc en gascon, n’est pas compris. Il le transforme en Laÿs. Puis on entre dans la carrière vertigineuse du virtuose que l’auteure nous décrit avec une minutie gourmande. L’artiste connaîtra un immense succès populaire et les plus grands honneurs – il baisera la main de Marie-Antoinette, à Versailles et à la Révolution – de par sa proximité quotidienne des Jacobins et de Bertrand Barère – et l’Empire. N’a-t-il pas souvent rencontré l’Empereur de par sa position privilégiée de premier sujet de l’Opéra. La fin est plus désenchantée. Les royalistes de retour, interdit d’Opéra à Paris, il doit s’exiler à Ingrandes, en Maine et Loire. Affaibli par la goutte, il s’éteint le 27 mars 1831. À nouveau, un très beau livre d’Anne Quéruel que je recommande vivement.

(1) « François Lay dit Laÿs»  d’Anne Quéruel – Éditions La Louve – juin 2010 blog.claudelarronde.fr

34 – Guerre des Pyrénées : Du pain et du vin pour l’Hospice

juin 10th, 2017

Le 6 mars 1813, Clauzel a établi son quartier général à Vic-en-Bigorre. On a préparé son logement et ceux de son État-major composé d’un adjudant-commandant, chef d’État-major, d’un chef de bataillon et capitaine, aides de camp, d’un chef de brigade du Génie, de trois capitaines adjoints et d’un officier commandant l’escorte des hussards. Ce même jour, Daléas adresse à ses concitoyens tarbais un extrait conforme à l’appel du Préfet conjurant la population de faire un effort de bienfaisance en faveur de l’hospice civil. Le pain, le vin et le linge manquent, aussi, cruellement. Il donne en exemple les habitants des cantons de Maubourguet, Rabastens et Vic-en-Bigorre qui “ont vu avec les sentiments des vrais français, arriver dans leurs murs et dans leurs campagnes, cette brave armée qui en a si longtemps écarté le fléau de la guerre. Malgré l’épuisement de toutes leurs ressources, aucun effort ne leur a même paru un sacrifice, pour prodiguer à ces braves, leurs frères, leurs défenseurs, tout ce qui leur restait, et ce zèle a puissamment contribué à assurer les subsistances de l’armée. C’est à vous que je m’adresse aujourd’hui : l’hospice civil, seul asile que les circonstances permettent d’offrir aux soldats malades et blessés, manque aujourd’hui du plus strict nécessaire, les aliments même manquent à l’humanité souffrante et au courage malheureux. Cette situation cessera d’exister dès qu’elle vous sera connue. Que du pain, que du linge, que du vin soient portés à l’instant à l’hospice civil et mis à la disposition de l’économe de l’hospice et de sa commission administrative. Que le service soit désormais assuré par un effort de bienfaisance moins passager. Que tout citoyen non dépourvu du nécessaire, et proportionnellement à ses facultés, coure déposer à la municipalité son offrande volontaire, en numéraire. La mienne y est déjà. M. le Maire tiendra un registre exact des noms des donateurs et de la quotité des offrandes. Ce registre m’assurera qu’il n’existe pas dans cette ville, un seul citoyen sans entrailles et sans patriotisme”. Le 8 mars, de son quartier général, le maréchal Soult lance une proclamation aux soldats de l’armée des Pyrénées. À suivre…

Hautes-Pyrénées

juin 10th, 2017

Mythes et lieux historiques : Pyrène, Millaris et Mulat Barbe, Victor Hugo au pied de Gavarnie et les secrets de l’univers depuis le Pic du Midi de Bigorre. Les trois auteurs décrivent ce territoire improbable de 1790 composé de la Bigorre et des Quatre-Vallées : Aure, Barousse, Nestes et Magnoac que le député Bertrand Barère a su agréger au nez et à la barbe des Béarnais puis à l’imposer à la Convention (1). Plaquette d’un Office départemental en majesté, mosaïque de sites géographiques chatoyants, la terre de notre patrimoine millénaire révèle des aspects divers et variés qui vont de sa langue que l’on voudrait immortelle à la fierté gasconne d’un terroir que l’on aime en passant par l’universelle Lourdes, rendez-vous de tous les pèlerins du monde. J’ai retenu quelques aspects très particuliers. En premier, les enclaves de Bigorre en Béarn. Cinq paroisses : Luquet, Gardères, Séron, Escaunets et Villenave-près-Béarn n’ont jamais cédé aux sirènes béarnaises depuis des siècles et, malgré les souhaits préfectoraux d’annexion en 1834 et 1941, les Bigourdans encerclés ont dit NON ! Deuxième particularité : Napoléon III veut une liaison fiable Paris-Madrid ainsi que le rapprochement des stations thermales pour la fin du XIXe siècle. Il faut préciser qu’Achille Fould, ministre des Finances de la Maison de l’Empereur, l’aura beaucoup encouragé dans son projet. Les vertus des eaux sulfurées sodiques, chlorosulfurées, sulfatées, calciques, magnésiennes, ne sont plus à démontrer. Détente et bien-être…Déjà. Aussi «là où le grandiose le dispute à l’admirable», 11 pics de plus de 3000 m, entre Gavarnie et Cauterets et la réserve naturelle du Néouvielle qui côtoie le parc national des Pyrénées, toutes les merveilles de la nature sont là avec la multitude des lacs en écrins «d’une faune et d’une flore à la richesse exceptionnelle». Enfin, l’observatoire du Pic du Midi que la NASA a choisi pour le premier alunissage et la «star» des Hautes-Pyrénées : le cirque de Gavarnie. Ajoutons à cette magistrale présentation du pays des photos époustouflantes. Bravo !

1 – «Hautes-Pyrénées» – Pierre Challier, Sybille Chapeu, Bruno Ferret – Éditions Privat – mai 2014 – 34,50 €.