36 – Guerre des Pyrénées : L’avoine pour les chevaux

juin 24th, 2017

Le 8 mars 1814, le général Maransin écrit à Antoine de Pujo-Lengros, maire de Vic-en-Bigorre, pour lui communiquer l’état nominatif des déserteurs de sa commune :  Auguste Abadie et Pierre Claverie. Le 10 mars, d’Arbaud-Jouques s’émeut de la fuite des “grains, bœufs et autres comestibles vers le département des Basses-Pyrénées occupé par l’ennemi”. Ce jour-là, le quartier général de l’armée des Pyrénées se rend dans la ville de Tarbes avec une partie de la cavalerie. Cette arrivée massive de chevaux met le maire de Tarbes dans l’obligation de faire appel à ses administrés, une nouvelle fois, pour la subsistance des équidés : “Le défaut d’approvisionnement de l’avoine dans cette place nous met dans la nécessité de faire un appel aux habitants de cette ville qui en possèdent, afin de venir promptement aux besoins indispensables de l’Armée qui depuis longtemps et jusqu’ici a garanti cette cité de l’invasion de l’ennemi. En conséquence, j’invite tous les citoyens de la ville possesseurs d’avoine de s’empresser à verser, sur le champ, chacun selon ses ressources, la quantité d’avoine dans le magasin établi dans la maison du sieur Fouchou, rue du Portail Devant, occupé à loyer par M. Blanche. Le garde-magasin leur fournira un récépissé à la vue duquel l’avoine leur sera payée sur le recouvrement d’un rôle de répartition qui sera fait sur la totalité des habitants, au marc-le-franc des contributions. Faute par les habitants d’obtempérer à la présente invitation, il leur est déclaré qu’il sera fait sans retard, des recherches à domicile ainsi que cela est ordonné par la lettre de M. le Préfet en date du jour d’hier. Le Maire juge trop bien du zèle et du patriotisme de ses administrés pour croire qu’il n’aura pas besoin d’user de cette mesure. La présente invitation sera publiée sur le champ dans tous les quartiers de la ville”. L’invitation a une tonalité comminatoire et l’habitant est sollicité, sans relâche, pour la fourniture de chaussures pour tous les hommes de troupe, de selles, brides et avoine pour les possesseurs de chevaux, de pain, vin et linge pour l’hospice civil, le numéraire n’étant pas refusé et suppléer à la carence d’approvisionnements. À suivre…

L’orgue de Vic-en-Bigorre : un patrimoine

juin 24th, 2017

Michel Latour, né en 1819 à Arreau, est nommé curé doyen de Vic-en-Bigorre, le 25 mai 1864. En cette période conservatrice, il fut un animateur spirituel dynamique, aimé de ses ouailles. L’intérieur de l’église Saint-Martin lui apparaît bien froid et il fait poser des vitraux de couleur avec personnages aux trois croisées orientales, puis un peu de mobilier et de décoration. Appelé le 13 août 1826, le bayonnais Jeandelle demande 3000 F pour «réparer l’instrument (l’orgue). Cette somme peut paraître un peu forte mais j’ai des références ! J’ai déjà réparé les orgues de la cathédrale de Tarbes, Bagnères et Lourdes». On s’exécutera…doucement : 1000 F le 1er janvier 1827, autant en 1828 et le solde en 1829. Le maître facteur a une oreille très sûre mais une orthographe à résilier les contrats : «Jarive au moi de septembre, il fau me construire un petit escallé pour évité la jambe cacée». En octobre 1826, il signale qu’il ne pourra venir car, ayant coulé étain et plomb pour les tuyaux et porte-vent, la chaleur du métal lui «a porté» le sang à la tête. La pose de sangsues le met sur le flanc. Le 26  octobre, il est en route. Le 5 novembre, il prend les «bains» à Bagnères-de-Bigorre. En avril 1827, les grosses réparations sont terminées. L’organiste Ouerta trouve «l’instrument» de 1622 parfait. Le 2 novembre, Jeandelle demande 350 F pour d’autres réglages et…disparaît. Le 5 octobre 1864, Michel Latour demande à Baron, facteur d’orgues, de restaurer l’orgue (1). Ce dernier placera trois claviers neufs en acajou, ébène et ivoire, ainsi qu’un nouveau système de soufflerie avec parallélogramme. Coût pour la municipalité : 4000 F. Baron est déclaré «suffisamment entendu». Il démonte et remonte l’ensemble, en 1864 et démissionne après le refus de la Ville de lui donner 100 F/l’an pour réparer les «dérangements du mécanisme». En 1876, on lui reconnaît, enfin, la pleine responsabilité de l’entretien de l’orgue mais on lui refuse la garde de la clé de la tribune. Non mais ! Décédé en 1897, le chanoine Michel Latour veille sur notre patrimoine…

(1) Communication d’Odile Sablayrolles, organiste, lors d’une Rencontre d’information sur l’état de l’Orgue et sa nécessaire restauration.

35 – Guerre des Pyrénées : Un rappel à l’ordre patriotique

juin 17th, 2017

Le 8 mars 1814, de son quartier général à Rabastens, le Mal Soult lance une proclamation aux soldats de l’armée des Pyrénées, ses propres soldats, mais, au-delà, c’est un appel à tous les départements traversés du Midi de la France pour un sursaut patriotique. Il y fustige l’armée de Wellington : “Soldats ! Le Général qui commande l’armée contre laquelle nous nous battons tous les jours a eu l’impudeur de vous provoquer et de provoquer vos compatriotes à la révolte et à la sédition. Il parle de paix et les brandons de la discorde sont à sa suite. Il parle de paix et il excite les Français à la guerre civile. Grâces lui soient donc rendues de nous avoir ainsi fait connaître ses projets ! Dès ce moment, nos forces sont centuplées et dès ce moment aussi il rallie lui-même aux aigles impériales ceux qui, séduits par de trompeuses apparences, avaient pu croire qu’il faisait la guerre avec loyauté”. Plus loin dans le texte, il blâme les habitants coupables d’accueillir et d’héberger l’ennemi : “Vouons aussi à l’opprobre et renions pour Français qui, pouvant se défendre personnellement, se prévalent de prétextes spécieux pour s’en dispenser, et ceux qui, par corruption ou par indolence, accueillent des déserteurs au lieu de les repousser avec indignation, et de les ramener dans les rangs. Dès ce moment il n’y a plus de lien entre eux et nous, et nous pouvons anticiper sur l’inexorable histoire qui portera avec exécration leur nom à la postérité !” La proclamation s’achève par un véritable cri de foi en l’aigle impériale et en la France “Quant à nous, notre devoir est tracé : Honneur et Fraternité ! Voilà notre devise. Combattre jusqu’au dernier les ennemis de notre auguste EMPEREUR et de notre chère France… Contemplons les efforts prodigieux de notre grand EMPEREUR et ses victoires signalées qui éterniseront le nom Français ; soyons dignes de lui, et alors nous pourrons léguer, sans tache, à nos neveux, l’héritage que nous tenons de nos pères. Soyons Français et mourrons les armes à la main plutôt que de survivre à notre déshonneur”. Si nous devions illustrer les qualités du militaire Soult, nous pourrions reprendre toutes ces lignes sans en omettre une seule. À suivre…

Un Bigourdan à l’Opéra

juin 17th, 2017

Par sa construction, cette biographie d’un Bigourdan quasiment inconnu se lit comme un roman historique de Robert Merle (1). François Lay est né en 1758, à Labarthe-de-Neste, de parents paysans. Il est formé au chant par Dunand, maître du chœur d’enfants du couvent de Garaison. Un froid matin de 1770, deux chanoines du couvent entendent la voix cristalline de François en l’église Saint-Jean Baptiste. Leur religion est faite, les études et l’éducation de ce prodige seront payés par les chapelains. Tout émerveille le garçon de 12 ans : la beauté du sanctuaire, la statue de la vierge miraculeuse, la peinture naïve, les ors. Turbulent et cabochard, il veut s’émanciper. À 17 ans, il est reçu par les chanoines de la cathédrale d’Auch. Ce soliste attire la foule des curieux. Le Kyrie et le Gloria sont pour lui, déjà, une consécration. Il obtient une bourse pour un doctorat de théologie à Toulouse. Il y rencontre Bertrand Barère. Leurs opinions rousseauistes les rapprochent. Le jour de Pâques 1779, dans la cathédrale de la ville, l’Intendant du Languedoc l’entend dans le Gloria porte-bonheur. Il voit pour lui l’Opéra de Paris. François Lay reçoit lordre de se présenter à l’Académie Royale de Musique. En juin 1779, il réussit son entrée comme «doublure baryton» mais on se moque de son nom, Lay = laïc en gascon, n’est pas compris. Il le transforme en Laÿs. Puis on entre dans la carrière vertigineuse du virtuose que l’auteure nous décrit avec une minutie gourmande. L’artiste connaîtra un immense succès populaire et les plus grands honneurs – il baisera la main de Marie-Antoinette, à Versailles et à la Révolution – de par sa proximité quotidienne des Jacobins et de Bertrand Barère – et l’Empire. N’a-t-il pas souvent rencontré l’Empereur de par sa position privilégiée de premier sujet de l’Opéra. La fin est plus désenchantée. Les royalistes de retour, interdit d’Opéra à Paris, il doit s’exiler à Ingrandes, en Maine et Loire. Affaibli par la goutte, il s’éteint le 27 mars 1831. À nouveau, un très beau livre d’Anne Quéruel que je recommande vivement.

(1) « François Lay dit Laÿs»  d’Anne Quéruel – Éditions La Louve – juin 2010 blog.claudelarronde.fr

34 – Guerre des Pyrénées : Du pain et du vin pour l’Hospice

juin 10th, 2017

Le 6 mars 1813, Clauzel a établi son quartier général à Vic-en-Bigorre. On a préparé son logement et ceux de son État-major composé d’un adjudant-commandant, chef d’État-major, d’un chef de bataillon et capitaine, aides de camp, d’un chef de brigade du Génie, de trois capitaines adjoints et d’un officier commandant l’escorte des hussards. Ce même jour, Daléas adresse à ses concitoyens tarbais un extrait conforme à l’appel du Préfet conjurant la population de faire un effort de bienfaisance en faveur de l’hospice civil. Le pain, le vin et le linge manquent, aussi, cruellement. Il donne en exemple les habitants des cantons de Maubourguet, Rabastens et Vic-en-Bigorre qui “ont vu avec les sentiments des vrais français, arriver dans leurs murs et dans leurs campagnes, cette brave armée qui en a si longtemps écarté le fléau de la guerre. Malgré l’épuisement de toutes leurs ressources, aucun effort ne leur a même paru un sacrifice, pour prodiguer à ces braves, leurs frères, leurs défenseurs, tout ce qui leur restait, et ce zèle a puissamment contribué à assurer les subsistances de l’armée. C’est à vous que je m’adresse aujourd’hui : l’hospice civil, seul asile que les circonstances permettent d’offrir aux soldats malades et blessés, manque aujourd’hui du plus strict nécessaire, les aliments même manquent à l’humanité souffrante et au courage malheureux. Cette situation cessera d’exister dès qu’elle vous sera connue. Que du pain, que du linge, que du vin soient portés à l’instant à l’hospice civil et mis à la disposition de l’économe de l’hospice et de sa commission administrative. Que le service soit désormais assuré par un effort de bienfaisance moins passager. Que tout citoyen non dépourvu du nécessaire, et proportionnellement à ses facultés, coure déposer à la municipalité son offrande volontaire, en numéraire. La mienne y est déjà. M. le Maire tiendra un registre exact des noms des donateurs et de la quotité des offrandes. Ce registre m’assurera qu’il n’existe pas dans cette ville, un seul citoyen sans entrailles et sans patriotisme”. Le 8 mars, de son quartier général, le maréchal Soult lance une proclamation aux soldats de l’armée des Pyrénées. À suivre…

Hautes-Pyrénées

juin 10th, 2017

Mythes et lieux historiques : Pyrène, Millaris et Mulat Barbe, Victor Hugo au pied de Gavarnie et les secrets de l’univers depuis le Pic du Midi de Bigorre. Les trois auteurs décrivent ce territoire improbable de 1790 composé de la Bigorre et des Quatre-Vallées : Aure, Barousse, Nestes et Magnoac que le député Bertrand Barère a su agréger au nez et à la barbe des Béarnais puis à l’imposer à la Convention (1). Plaquette d’un Office départemental en majesté, mosaïque de sites géographiques chatoyants, la terre de notre patrimoine millénaire révèle des aspects divers et variés qui vont de sa langue que l’on voudrait immortelle à la fierté gasconne d’un terroir que l’on aime en passant par l’universelle Lourdes, rendez-vous de tous les pèlerins du monde. J’ai retenu quelques aspects très particuliers. En premier, les enclaves de Bigorre en Béarn. Cinq paroisses : Luquet, Gardères, Séron, Escaunets et Villenave-près-Béarn n’ont jamais cédé aux sirènes béarnaises depuis des siècles et, malgré les souhaits préfectoraux d’annexion en 1834 et 1941, les Bigourdans encerclés ont dit NON ! Deuxième particularité : Napoléon III veut une liaison fiable Paris-Madrid ainsi que le rapprochement des stations thermales pour la fin du XIXe siècle. Il faut préciser qu’Achille Fould, ministre des Finances de la Maison de l’Empereur, l’aura beaucoup encouragé dans son projet. Les vertus des eaux sulfurées sodiques, chlorosulfurées, sulfatées, calciques, magnésiennes, ne sont plus à démontrer. Détente et bien-être…Déjà. Aussi «là où le grandiose le dispute à l’admirable», 11 pics de plus de 3000 m, entre Gavarnie et Cauterets et la réserve naturelle du Néouvielle qui côtoie le parc national des Pyrénées, toutes les merveilles de la nature sont là avec la multitude des lacs en écrins «d’une faune et d’une flore à la richesse exceptionnelle». Enfin, l’observatoire du Pic du Midi que la NASA a choisi pour le premier alunissage et la «star» des Hautes-Pyrénées : le cirque de Gavarnie. Ajoutons à cette magistrale présentation du pays des photos époustouflantes. Bravo !

1 – «Hautes-Pyrénées» – Pierre Challier, Sybille Chapeu, Bruno Ferret – Éditions Privat – mai 2014 – 34,50 €.

33 – Guerre des Pyrénées : Les soldats ont des exigences

juin 3rd, 2017

Le 4 mars, Jean-Baptiste Catalogne donne l’ordre au maire de Tarbes de faire fabriquer sur-le-champ un nombre considérable de rations de pain. Le garde-magasin a besoin de 4 boulangers pétrisseurs pour utiliser les 4 fours et “Il est nécessaire encore de faire prévenir tous les boulangers de la ville d’aller prendre des farines au magasin des vivres pour faire beaucoup de pain avec toute la célérité possible. Les besoins de l’Armée sont urgents”. Le même jour, Dupierris, commissaire civil de la place de Tarbes, a reçu de Jean Cougot, préposé à la distribution des vivres et de la viande, deux bœufs de 650 kg. Cette transaction est diligentée par un intermédiaire Alexis Barouquère. D’Arbaud-Jouques charge le Maire de trouver 5 pièces d’eau-de-vie et de les remettre au commissaire Catalogne. L’alcool est acheminé ensuite vers Rabastens de Bigorre. La fébrilité des troupes impériales en retraite ne passe pas inaperçue auprès de la population haut-pyrénéenne. Cantonné à Vic-en-Bigorre, le général de division Villatte écrit le 7 mars au premier adjoint Jean Daléas qui occupe la fonction de maire de Tarbes, en remplacement de M. de Castelnau : “J’ai appris avec peine que des soldats exigeaient de leurs hôtes des choses qui ne leur étaient pas dues, tandis qu’ils ne doivent ne réclamer que ce qui est strictement fixé par les ordonnances, lois et règlements militaires. Non seulement les troupes ne doivent rien exiger des habitants mais même elles ne doivent rien en recevoir, entendu que les distributions des vivres sont régulièrement faites. J’ai l’honneur de vous prévenir que des ordres sont donnés pour que MM. Les officiers fassent plusieurs fois par jour la visite des logements qu’occupent leurs soldats afin d’apurer l’exécution de cette mesure et je vous serai obligé de faire connaître à ceux de vos administrés qui auraient des plaintes à porter contre des militaires de la 6ème division d’infanterie de vouloir bien l’adresser directement à moi qui m’empresserai de leur rendre justice et satisfaction. Agréez, M. le Maire, l’assurance de la considération distinguée avec laquelle j’ai l’honneur d’être votre très humble et très obéissant serviteur”.  À suivre…

Les vieux châteaux Gascons

juin 3rd, 2017

L’auteur cite Pierre Bénouville, architecte et archéologue, dessinateur des plans qui permirent aux Gersois de connaître 52 châteaux et églises de leur territoire (1). Philippe Lauzun accompagna ces plans de leur histoire. Huit monuments du XIIIe siècle sont présentés ici : les châteaux du Tauzia, Massencome, La Gardère, Busca, Léberon, Pardaillan, la tour du Guardès et la bastide de Valence-sur-Baïse. Il faut savoir que le traité d’Amiens, en 1279, livra l’Agenais et, plus tard, le Condomois aux Anglais du roi Édouard. Ainsi, les frontières furent reportées en pleine Gascogne. Sans perdre de temps, les Anglais fortifièrent leurs points de contact. Le roi de France étant loin, les Gascons du comté d’Armagnac durent faire un gros effort pour assurer leur défense. La forteresse construite alors servait de poste d’observation pour une petite garnison et non de lieu d’habitation. Des murs de 1,30 à 1,50 m, un rez-de-chaussée et un 1er étage aveugle, une échelle mobile à l’intérieur, un 2e étage avec peu de meurtrières. Le château du Tauzia (16x12m) construit par les Anglais dans la commune de Maignaut, près de Condom, avait 2 tours d’angle. La frontière anglo-française passait près de l’abbaye de Flaran. L’un de ses plus illustres possesseurs fut Arnaud Guillem de Barbazan, originaire de la Barousse. Massencome (18x15m) et la tour du Guardès furent construits par Géraud d’Armagnac sur un tertre (176 m) dominant Tauzia. Les seigneurs de Lasseran en étaient les maîtres. Lagardère fut construit par les moines de Condom, en 1280. Il fut élevé sur un point culminant (198 m) et servait de tour de garde. Busca appartenait aux Maniban, magistrats au Parlement de Toulouse. Léberon, sur le chemin de Condom à Valence, semble édifié au XVIe et fut la propriété des Gélas. La tour du Guardès (20x15m) est un Refuge. Pardaillan, en pays de Fezensac, était une puissante baronnie, au Moyen Âge, qui compta Simone de Baudéan, dame de Parabère en Bigorre. Enfin, la bastide de Valence-sur-Baïse est citée comme un modèle de petite ville. Un livre d’histoire régionale passionnant.

(1) «Châteaux Gascons de la fin du XIIIe siècle» – Philippe Lauzun – Éditions Louis Rabier – 1897 – 30 €.

32 – Guerre des Pyrénées : Un inventaire à la Prévert

mai 27th, 2017

Le 2 mars 1814, Garat, sous-préfet des H.P, écrit au maire de Tarbes : “J’ai l’honneur de vous prévenir que l’intention de M. le Préfet est que la ville de Tarbes fournisse, sur le champ, 100 selles et autant de brides pour harnacher les chevaux qu’on réunit en ce moment, à Tarbes, pour monter les 400 cavaliers demandés au département par son Excellence, le duc de Dalmatie. Ces selles et brides seront requises des personnes qui ont des chevaux et devront être remises, dès demain matin, au plus tard, à l’hôtel de Ville. Rien ne peut, M. le Maire, faire différer un instant de plus l’exécution de cette réquisition. Je vous invite également à mettre en réquisition tous les maréchaux-ferrants pour ferrer les chevaux qui arrivent et cela aussi sans retard. J’ai l’honneur de vous saluer avec une parfaite considération”. Le 3 mars, sur ordre du commissaire des Guerres, est dressé un inventaire des effets meubles et ustensiles faisant partie du mobilier de l’hôpital militaire temporaire de Tarbes. Parmi les 200 articles, soigneusement répertoriés, on remarque la présence de 120 chemises de fièvre, un bain de bras et de cuisses, une plaque à cataplasmes, 9 baignoires à une place, 19 chaises percées, 2 chaises à porteur, 12 gamelles en fer-blanc pour les pansements, 2 surtouts de toile blanche pour messieurs les chirurgiens et médecins, 200 bottes de paille neuve pour le couchage, 3 grands linges à pansements et 11 petits linges, 11 charpies confectionnées, un grand chauffoir neuf en bois de sapin pour sécher le linge, une bière neuve pour les morts, un brancard neuf pour les blessés, 32 cerceaux à fractures grands, moyens et petits, un grand cuvier pour la lessive, une bonne brouette, 6 bons appareils de chirurgie, 2 claies en osier avec leur grand panier pour battre la laine, 5 paquets de corde pour étendre le linge, 10 lampes à plaque en fer-blanc, 11 poteries diverses à l’usage des malades et 7 baquets en bois pour vomir. Cet inventaire que Prévert n’aurait pas renié, est représentatif de l’équipement hospitalier de l’époque et il est estimé à 5862 F. Un autre inventaire sera dressé au mois de juin 1814, après l’hébergement des troupes coalisées. À suivre…

Histoire de la Musique Basque

mai 27th, 2017

Le pays Basque, que l’on connaît plus ou moins où que l’on traverse rapidement, ne laisse pas soupçonner une telle richesse en matière de musicologie (1). Ancien élève du conservatoire de musique de Bayonne, Christian Laprérie s’est attaché, avec courage et obstination, à retrouver les acteurs, plus ou moins connus, de ce petit dictionnaire de l’histoire de la Musique en Pays Basque. On peut nourrir un regret cependant : le Basque de chez nous, le Labourdin, est quasiment absent de la galerie de portraits qui peuplent le sud de l’entité basque, principalement le Guipuzcoa. Peu importe, pour nous consoler, Emmanuel Passemard découvre, en 1920, une sorte de flûte à trois trous qui pourrait bien être l’ancêtre du «txistu» de nos fêtes patronales. D’emblée, l’auteur égrène les différents instruments depuis les temps préhistoriques : l’alboka, le silbote, la txanbela, le soinu, l’atabal, la panderata, la txalaparta, la gaita. L’accordéon diatonique arrive à la fin du XIXe en Biscaye et en Guipúzcoa. À la Renaissance (XVe et XVIe), l’Italie, la France et la Péninsule ibérique sont touchés par le courant polyphonique. Les premiers organistes Basco-Navarrais, dont Martin de Azpilcueta, se distinguent. Les premiers facteurs d’orgues aussi avec la famille Echebarria. Donc, clavecin, orgue et clavicorde dominent en fin du XVIIe. Les provinces basques conservatrices pensent «orgue» ignorant le piano du mélomane. Entre-temps, Pablo Sarasate de Pampelune ravit de son jeune violon la reine Isabel II qui lui offre un stradivarius. Un chapitre passionnant est consacré aux brillants «zarzuelistes». Parmi ces derniers, Francis López, le créateur prolixe que nous connaissons tous. L’éveil du romantisme musical ne tarde pas. Puis trou noir avec la tragédie franquiste (1936-1975) et réveil démocratique avec Juan Carlos. C’est l’explosion : orchestre symphonique d’Euskadi, conservatoire supérieur «Musikene», musiciens du Pays basque aquitain et, même, théâtre lyrique d’expression basque. Ouvrage de découverte de grands musiciens pour curieux et aficionados.

(1) « Histoire de la Musique Basque du Moyen Âge à nos jours» – Christian Laprérie – Éditions Atlantica – mai 2016 – 19,90 €.