19 – Aux Pyrénées : De Pierrefitte à Cauterets

Léon Richard se dirige vers la gorge qui conduit de Pierrefitte à Cauterets qui «offre bien des beautés. Ces beaux arbres, mêlés à l’escarpement des montagnes et au bruit du gave, jettent de la vie dans le tableau, sans le rendre moins frappant». M. Pasumot, naturaliste, a remarqué dans la gorge des bancs de schiste argileux, rougeâtre et traversé de veines quartzeuses ; des couches d’ardoises argileuses, des pierres à chaux feuilletées. Le voyageur y trouve une route facile, ombragée de frênes, d’aulnes, de tilleuls. Du silence aussi, de la fraîcheur, de belles eaux, des montagnes attrayantes et un torrent non moins impétueux que le Bastan dans lequel il se précipite avec fracas, précise notre voyageur. Le chemin est moins incliné que dans les autres gorges, la solidité des ponts est remarquable et les corniches sont garnies de parapets. «On peut considérer qu’à pied, à cheval ou en voiture, on y dispose des plus douces émotions qui jettent dans les âmes quelques-uns de ces longs souvenirs qui font le charme du reste de la vie». Son enthousiasme s’étiole un peu lorsqu’il déclare : «Le pittoresque en grand disparaît sans doute avec les granits, les schistes, les glaces et les sapins ; mais la nature n’en est pas réduite à cela pour être belle. Quand elle se dépouille de cet air de grandeur, elle devient ordinairement plus douce, elle se familiarise avec nous ; nous admirons moins, nous sommes moins remués ; mais nous en jouissons plus à notre aise. L’homme en effet n’existe avec plaisir que par la mémoire de ses actes réfléchis ; autrement quelle qu’en soit la durée, ce n’est plus la vie, ce n’est que du temps». Ainsi, Léon Richard philosophe durant les trois heures que dure le trajet et n’a point hâte d’arriver. Il marche sans impatience admirant les buis, les sapins et les arbres de toute espèce mais regrette «les destructions successives qui s’y sont opérées». Il remarque une marbrière que l’on exploite pour construire des maisons éparses sur les coteaux et dans le bassin de Cauterets. Il est charmé d’apprendre que ces riants domiciles entourés de bosquets et de jardins sans clôture « qui annoncent l’aisance » appartiennent aux montagnards. À suivre…

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Perchicot : Du Vélo au Caf’Conc’

L’auteur ne savait rien d’Arnaud André Perchicot, frère de sa grand-mère, dont la légende imprégnait toute la famille (1). Il naît à Bayonne le 9 août 1888, dans le nouveau quartier de Saint-Esprit rattaché à la Ville en 1857. Il est fils de Jean-Baptiste Perchicot, tailleur de pierre et de Marie Isabelle Daragnès, lisseuse, tous deux originaires du village basque de Bidache. À 9 ans, il prononce un discours remarquable sur le fond et la forme en l’église Saint-André. On le place au collège catholique Moncade, à Orthez. Études brillantes. Premiers prix en Instruction religieuse, version latine, langue anglaise. À 17 ans, il sort du collège des Bétharrammites avec deux baccalauréats littéraire et scientifique ! En 1905, c’est rare… Il entre au Lycée de Bayonne, réussit l’examen d’entrée aux Ponts-et-Chaussées, devient dessinateur jusqu’à son intégration au 49e Régiment d’Infanterie de Bayonne. Cycliste du colonel à la citadelle Saint-Esprit, il a réfléchi à son avenir professionnel. Le sport cycliste est sa voie. De son port d’attache, le chalet parental «Mon rêve», aux vélodromes régionaux, nationaux puis internationaux, Perchicot devient imbattable sur les pistes. Il triomphe à Agen, Bayonne, Bordeaux, Dax, Le Boucau, Pau, Tarbes, Toulouse, Saint-Sébastien, Parc des Princes, Palais des Sports, Buffalo. Il affronte les meilleurs. Il devient champion de France de vitesse le 26/05/1912, à Paris et d’Europe le 8/06/1913, à Bordeaux. Le sprinter enchaîne les Américaines, Six-jours de New-York, Paris, Pruxelles, Berlin. 1914 : Réserviste au 49e RI, il rejoint les frères Caudron à l’aérodrome de Lyon Bron, puis l’escadrille MF36. Il chute, blessure aux jambes et à la hanche. Fini le vélo. Nouvel élan dans sa vie, il devient chanteur de Music-hall dans les théâtres de Toulouse, Tarbes, Paris, l’Olympia en 1924. Sportif réputé, chanteur populaire de Caf’Conc’, il alterne exhibitions sur piste et concerts. Son cachet d’artiste égale bientôt celui de Maurice Chevalier. Les conquêtes féminines se multiplient. Malade, il quittera la scène le 3 mai 1950. Un excellent ouvrage.

  1. «Perchicot – De la piste à la scène» – Michel Montagut – Éditions Atlantica – juin 2018 – 21 €.
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18 – Aux Pyrénées : Cultures et habitat à Barèges

La culture est chiche en vallée de Barèges : quelques boisseaux de seigle, orge, pois, millet et sarrasin. La préférence est donnée aux prairies où les habitants nourrissent de nombreux troupeaux. C’est leur véritable richesse, commente le voyageur Léon Richard. Ce dernier observe que dans ces hautes montagnes «il y a des restes de leur antique habillement». Les hommes portent de larges caleçons plissés depuis la ceinture jusqu’aux genoux; sur la chemise, une camisole de laine blanche engagée dans le caleçon; et, sur la camisole, une petite veste brune allant à peine jusqu’au nombril. Le tout couvert d’une simple tunique recouverte elle-même par un cuculle ou manteau pareil à celui que portaient les Romains à l’exemple des Gaulois, et qui ressemble assez à la robe des capucins. Comme l’on dit chez nous, dans le Piémont, voici les Barégeois habillés pour l’hiver… Au commencement de juin, suivis de leurs troupeaux, ils grimpent sur les hauteurs d’où ils ne reviendront dans leurs villages qu’à l’approche de novembre et lorsque les neiges commencent à blanchir les vallons, signal d’une redescente impérative dans la vallée. Alors, ils abandonnent les granges, les cabanes faites à la hâte, détruites le matin, reconstruites le soir. «Vous les verriez de toutes parts hâter la marche de leurs bestiaux pour éviter les lavanges (avalanches) qui souvent les poursuivent, les atteignent et c’est alors que les troupeaux et pasteurs sont quelquefois écrasés ou entraînés au fond des précipices». Quant aux granges et aux cabanes, avant de les quitter, ils les couvrent de chaume et non d’ardoises. Système astucieux face aux chutes de roches tombées des hauteurs faisant des trous préférables à la brisure d’un toit d’ardoise. Les hommes sont préposés à la traite des vaches, chèvres et brebis qui font le fromage et le beurre. Le procédé consiste à se servir de peaux de mouton bien cousues, puis les enfler comme des ballons, y déposer la crème, les agiter de haut en bas jusqu’à ce que le beurre prenne une forme arrondie comme une boule. Ce beurre est d’une qualité exquise. Mais, notre voyageur constate que la propreté de la manipulation laisse un peu à désirer… À suivre…

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Coup d’éclat à la Mairie de Vic-en-Bigorre

Dans la veine éditoriale qui anime cette rubrique, je ne pouvais laisser passer cette «bombe» qui a explosé récemment à Vic-en-Bigorre : La démission massive de 10 élus de la liste majoritaire du maire Clément Menet. Historien local, je plonge aussitôt dans mes archives à la recherche d’un cas similaire. Depuis 1693 à nos jours (1), on remarque l’activité de Premiers magistrats ayant surenchéri ou écorné sérieusement leur patrimoine pour l’achat d’un Office de Maire, d’autres auront intrigué voire mendié pour une nomination à cette fonction suprême. Un autre encore, dans le tourbillon de son activité novatrice, aura mélangé deniers publics et siens propres ; il sera accusé de gestion occulte. Un autre aussi, à un âge avancé, devra quitter sa fonction pour butinage d’une jeune fleur de seize printemps. Un autre encore, sera obligé de vociférer des discours révolutionnaires afin de plaire au Comité de surveillance de la Société Populaire, puis, en disgrâce, verra son épouse inscrite sur la liste des suspects vicquois. D’autres, enfin, auront forcé la «préférence» venue d’en haut, de très haut ! J’ai bien rencontré des premiers adjoints qui croyaient à l’heure de gloire mais point de démission massive et concertée de conseillers. Obstiné, j’ai replongé dans la liste des Consuls vicquois de l’Ancien régime ayant fonction de maire, excellent travail de mon ami, le regretté Joseph Verley. En 1348-1349, temps historique, les hommes seuls pouvaient voter moyennant une rétribution censitaire ; les femmes devront attendre 1944 pour fréquenter les isoloirs. Alors, depuis tout ce temps-là, pas de Maire ou de Premier Consul autiste à l’insupportable autorité, de prise de décisions unilatérales, de vague de démissions mûries, d’amertume de groupe, de révolte macérée depuis des mois ? À la réflexion, si, en décembre 1715, désignation d’un Maire et d’un Premier Consul, alternatifs, suite à une séance houleuse des membres du Conseil ulcérés par l’arrivée «d’étrangers» admis comme «Voisins». Alors, bientôt à Vic-en-Bigorre, l’élection d’un maire alternatif ?

  1. «Les Maires de Vic-Bigorre – De Louis XIV à l’an 2000» – Claude Larronde – Édition Société Académique des H.P – 1999.
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17 – Aux Pyrénées : Les mœurs de Barèges

Le vallon de Barèges placé au centre de la chaîne des Pyrénées, depuis Saint-Jean-de-Luz jusqu’à Port-Vendres, confine, à l’orient, avec la vallée de Campan et d’Aure; au midi, à celle de Broto en Aragon; à l’occident aux montagnes de Cauterets; au nord, à la vallée de Lavedan. Les travaux pratiqués pour les routes menant de Lourdes jusqu’à Barèges et les ponts de pierre et de marbre jetés sur des «abîmes» commencèrent en 1735. Léon Richard remarque, qu’en 1743, que le Gave «s’étonne de voir rouler sur ses corniches, le plus souvent garnies de parapets, la première voiture dont on ait jamais entendu parler dans ces montagnes». La vallée de Barèges et de Gavarnie qui en dépend comprend environ 6000 habitants établis dans une vingtaine de villages et quelques hameaux, quatre villages dans le bassin de Luz, les autres dispersés çà et là et quelquefois perchés sur des rochers. Pour Richard, la crédulité des montagnards semble dominer sur le raisonnement «Fidèles à l’ancien culte de leurs pères, ils invoquent particulièrement la Vierge». Le devoir des valléennes, comme chez les Germains, est de pleurer les morts et celui des hommes de s’en souvenir. Cette observation fleure l’étonnement. Surprenant… N’est-ce pas toujours vrai ? Il qualifie le caractère des valléens de fier, généreux et sensible mais d’une sensibilité virile. La menace et le dédain les irritent; la douceur et l’humanité les subjuguent. Religieux observateurs des coutumes anciennes, les deux sexes s’allient rarement hors de leur pays de sorte qu’ils forment tous une grande famille. «On se marie ailleurs; ici l’on s’épouse réellement et la foi conjugale y est respectée comme un trésor public». Les femmes «aussi pures que les neiges qui les entourent travaillent constamment pendant toute l’année mais les hommes se reposent durant l’hiver». Il y a dans la vallée plus de prairies que de terres labourables; cela vient de l’abondance des eaux venues de la montagne. Il est vrai que se servir d’une charrue sur de telles pentes où l’on se soutient à peine. Les moissons sont souvent ravagées par le vent du midi et, l’hiver, les pluies, les neiges entraînent la terre végétale sur les roches. À suivre…

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Bestiaire Médiéval des Hautes-Pyrénées Nord

« Le bestiaire des Hautes-Pyrénées Nord présente un visage multiple, à l’image de la société médiévale et de la vitalité du bassin de l’Adour ouvert au commerce et aux échanges » (1). Excellente récidive, après quatre tomes richement illustrés qui nous ont, déjà, initiés à la symbolique de l’Art, Laure Latanne-Bey, conférencière, et Éric Bielle, photographe, nous présentent la création du monde (anges) et des animaux (oiseaux) sur un chapiteau de l’ancienne abbaye Saint-Orens de Larreule (XVe), aujourd’hui au musée des Cloîtres, à New York. Animaux du Christ : la colombe au cloître du jardin Massey (XIV-XVe), transporté du cloître de Saint-Sever de Rustan, le lion sur un chapiteau en grès de l’église Saint-Jean-Baptiste de Mazères (XIIe), les animaux du Tétramorphe sur le chapiteau de la nef de l’église Saint-Jean de Tarbes (XVe). Le Christ est entouré des évangélistes Jean (aigle), Luc (bœuf), Matthieu (ange) et Marc (lion). Suivent les saints aux dragons : celui de Saint-Michel à Notre-Dame de la Sède (XIIe), cathédrale de Tarbes, celui de Saint-Orens de Larreule (XIe) et celui de Saint-Georges au cloître du jardin Massey. Animaux du démon, toujours là : chat et hibou à l’église Saint-Pierre de Lannemezan (XIIIe), serpent dans la nef de Saint-Sever de Rustan (XIIe), au cloître du jardin Massey (XVe), le singe, le léviathan, le démon chauve-souris en lutte avec Jésus (XIVe), au jardin Massey (XVe), et le dragon mangeur d’hommes à Saint-Jean-Baptiste de Mazères (XIIe). Animaux fabuleux : Dragon, sagittaire, basilic, sirènes, au jardin Massey, dans les églises de Saint-Jean à Tarbes, Sainte-Marie de Madiran et Saint-Orens de Larreule. Animaux hybrides à trois têtes et grylles, combattant, à la bibliothèque Louis Aragon de Tarbes, au couvent des Carmes à Trie-sur-Baïse et à Saint-Jean de Tarbes. Animaux du pouvoir : aigle (XVIIe), vache, dragon et des fables : bouc musicien (XIVe), renard (XVe), ours et homme sauvage (XIVe). En fin d’ouvrage, un glossaire, un index des animaux, des saints et des lieux. Je recommande vivement.

  1. « Bestiaire Médiéval – T.2 – Hautes-Pyrénées Nord » – Texte : Laure Latanne-Bey, photos : Éric Bielle – Éditions Jour des Arts – 9 €.
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16 – Aux Pyrénées : Les eaux de Barèges

Il y a six sources à Barèges. Polard dont la température est à 38,20 ° centigrade, la Tempérée à 33°, le Fond à 36,25°, la Douche à 44,38°, l’Entrée à 42° et la Chapelle à 28,45°. L’eau de Barèges est parfaitement limpide affirme Léon Richard, «sa saveur est très légèrement sulfureuse mais son odeur d’hydrogène sulfuré, que l’on dit ordinairement d’œuf couvé, est plus prononcée». Il ajoute «Il se dégage des bulles de gaz au griffon de chaque source. Ces bulles sont de l’azote parfaitement pur. Le même gaz se dégage de presque toutes les eaux sulfureuses de la chaîne des Pyrénées. L’eau de Barèges contient du sulfure de sodium, de la soude caustique, du sulfate de soude et de la silice». Après cet exposé de la chimie des eaux barégeoises, précisons que les eaux de Barèges étaient employées dans le traitement des maladies cutanées, vieux ulcères, plaies anciennes, pour ranimer les chairs tombées en atonie, par l’action de l’alcali caustique qu’elles contiennent, précise Léon Richard. Le docteur Dassieu stipulait que ces eaux étaient admirables pour les maladies écrouelleuses. Efficaces aussi, elles pouvaient guérir l’organe digestif affaibli et d’un effet «merveilleux pour rétablir la suppression du flux menstruel et du flux hémorroïdal». Les eaux de Barèges étaient employées en bains, en douches et en boisson. Il était courant d’associer le sirop antiscorbutique à l’eau de Barèges. Ce médicament recevait des racines ou des plantes cueillies dans les Pyrénées et préparé avec un soin tout particulier par un «habile» pharmacien. La saison des eaux commençait le 1er juin et finissait le 1er octobre. Le voyageur Richard note que Barèges n’est habitable que pendant quatre à cinq mois de l’année où les gens du pays «s’échauffent» alors. En octobre, ils en descendent et vont attendre dans «leurs autres villages» le retour de la saison des eaux. L’établissement thermal possédait 16 cabinets de bains, 2 douches et 2 piscines. Les sources produisaient 180 m3 d’eaux qui appartenaient à la vallée. Elles étaient affermées 14000 francs par an. L’établissement pouvait recevoir six à sept cents «étrangers». En 1829, 550 particuliers et 260 militaires y sont venus. À suivre…

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Les Fromages de la Gastronomie Occitane

« Le fromage est une porte ouverte sur l’histoire et le talent des hommes » (1). J’aime beaucoup cette définition de François Bourgon, dirigeant de la fromagerie Xavier, à Toulouse et Meilleur Ouvrier de France, qui parraine cet ouvrage et ajoute : « Le fromage est une histoire d’hommes, de caractères et d’émotions. Il n’y a pas un mais des fromages ». Il parle des fromages d’Occitanie en philosophe, en poète. Depuis 10000 ans, le berger n’a pas trouvé mieux que le fromage pour descendre le lait (l’or blanc) des vaches, le paysan pour le distribuer et le vendre. Mais, il a peur car c’est un patrimoine en danger par trop de compromis et de transgressions. Les appellations n’ont plus de cohérence territoriale possédées à 90% par des industriels. Il faut retrouver la fierté de nos fromages « fermiers » et « au lait cru » dit-il. Diversité unique, l’Occitanie parle de fromages frais, à pâtes molles, à croûte fleurie, à croûte lavée, à pâtes pressées non cuites, persillées, cuites, de chèvres, fondus, à trois laits : vache, chèvre, brebis et, à lait de bufflonne. Pitié ! Mes papilles s’agacent… Sur le plateau occitan, des fromages de fermes isolées en haute montagne, de la tomme (avec deux m) des Pyrénées, sous l’étiquette « Indication géographique protégée (IGP) », du Roquefort, du Laguiole (prononcer Layole), du chèvre des Cévennes, des Monts d’or de chèvre en Ariège, des Lingots de brebis dans le Tarn. Ici, pas de dominante. Le tomme des Pyrénées surgit du terroir. Dans l’ensemble des Pyrénées françaises, ce fromage à pâte pressée non cuite, fabriqué à base de lait de vache pasteurisé et bientôt à base de lait cru : vache, chèvre ou mélanges (dont brebis). Anne Bazerque de Castelnau-Durban, en Ariège, ferme du Carregaut, parle avec passion de son métier de fromagère : « Nos bêtes mangent de l’herbe et pâturent ! ». Et produisent annuellement 9 T de tomme des Pyrénées au lait cru. Ils ont des trous appréciés pour leurs moelleux appréciés des consommateurs. Superbes textes et photos pour une excellente collection à suivre.

1 – «Les Fromages de la Gastronomie en Occitanie» – Textes  Alexandre Léoty, photos Arnaud Späni –  Éditions Privat – décembre 2017 – 24 €.

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15 – Aux Pyrénées : De Luz à Barèges

Le comte de Vaudreuil regardait les montagnards de Bigorre comme des prédateurs des proies amenées par les vents de la plaine. Les habitants de certaines côtes regardaient les étrangers comme des malheureux naufragés que la mer jetait sur leur plage. Léon Richard  déplore ce jugement trop sévère et constate que l’étranger n’est pas une proie mais plutôt un domaine que les montagnards exploitent ; cette exploitation étant la ressource, l’industrie, la fortune du pays. Revenons à la prétendue tristesse de Barèges éloignée de Luz par deux heures de route et une lieue de poste (4,384 km) de distance. Les villages traversés : Esterre, Viella, une route bordée de peupliers et bien entretenue, Betpouey, entrée de la vallée de Barèges. La comtesse de l’Épine peint Barèges au pinceau noir : «Tout est tristesse, malheur, dans le passé, dans l’avenir ; on compte à peine sur le présent, et les habitations que l’on élève au printemps se défont en automne pour les dérober aux dangers de l’hiver. Toutes les crêtes des montagnes sont pelées, quelques arbres se voient à peine au-dessus des bains ; point de promenade, si ce n’est la route qui descend à Luz. Il faut être malade pour venir à Barèges et compter sur l’agrément d’une bonne société qui peut seule consoler de l’obligation de vivre dans ce lieu sauvage». Cette femme qui passait pour la plus spirituelle de son époque, n’avait pas compris que seules quelques baraques en bois subissaient ce transfert printemps-hiver. L’entourage de la comtesse en rit encore. Léon Richard déplore que Barèges n’offre, sur un sentier incliné, qu’une rue étroite, composée d’environ 80 maisons, dont une trentaine est assez belle. La célébrité de ses eaux ne date que de l’époque où madame de Maintenon y amenait le duc du Maine. C’est à l’ingénieur Polard que l’on doit la distribution et les réservoirs qui les reçoivent. Le père de celle qu’il aimait voulait un gendre qui se fixerait dans les montagnes. Polard «rejeta cette tyrannique condition, et son génie, qui l’appelait ailleurs, triompha de son amour». Léon Richard va gémir de ce gave insupportable, hurler jour et nuit, et décrire les bienfaits de l’eau sulfureuse de Barèges. À suivre…

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Gaston Boué de Lapeyrère, l’amiralissime gascon

L’auteur dit du personnage : « Un terrien entré dans la Marine sans vocation et qui navigua jusqu’à 63 ans » (1). Et il nous cite une dizaine de marins gascons illustres depuis Mathurin d’Aux de Lescout (1525-1581) jusqu’à Augustin Dupouy, vice-amiral et préfet maritime de Brest, dont la sœur Thérèse lui écrit de Lectoure pour s’inquiéter de l’avenir de son plus jeune fils. Ce dernier sera le père de Gaston Boué de Lapeyrère, notre amiralissime, né le 18 janvier 1852 à Cartéra-Lectourois. Il grandit à Lectoure. Collège de la ville, lycée d’Auch et lycées de Cherbourg et de Brest « sous la surveillance sévère de son oncle maternel, l’amiral Dupouy, qui avait déterminé sa vocation de marin ». Au XIXe siècle, aller d’Auch à Cherbourg devait être une transition douloureuse. En vingt ans, les bâtiments de guerre perdent leur mâture au profit des machines et leur coque de bois pour une cuirasse de fer. En 1866, l’oncle, devenu préfet maritime de Brest, le fait entrer au lycée de la ville. Un navire école à demeure sous l’autorité de l’oncle qui lui facilitera l’inscription. La discipline y est quasi militaire. Par un luxe de détails, l’auteur nous conte les péripéties maritimes de la France. Gaston sort bon dernier de sa promotion en 1871. Le jugement de son supérieur est sévère : « Continue à lutter par le travail contre une intelligence médiocre. Il aime beaucoup son métier et fera un assez bon officier ». Mais à 20 ans, il a plus d’expérience de navigation que son oncle au même âge. L’auteur énumère tous les vaisseaux qu’il a connus, évoque ses opérations en Extrême-Orient (1883-1885). Le jugement évolue : « M. de Lapeyrère est un officier intelligent, instruit, très marin, doué d’une grande décision et d’une bravoure à toute épreuve ». En 1889, il épouse Thérèse Darquier, issue de la meilleure bourgeoisie gersoise. Sa carrière s’accélère. Capitaine de frégate, de vaisseau, contre-amiral en 1902, ministre de la Marine en 1909. Vicissitudes politiques en 1913. Il décèdera à Pau, le 16 février 1924. Récit dense, documenté, riche, percutant.

1 – « Boué de Lapeyrère (1852-1924) l’amiralissime gascon » – Jean-Philippe Zanco  – Éditions Gascogne – mai 2016 – 15 €. 

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