53 – Guerre des Pyrénées : Les sans-souliers marchent toujours

janvier 13th, 2018

Le 22 mars 1814, le Mal écrit à  Clarke, ministre de la Guerre, de Martres-Tolosane : « La marche des ennemis sur Toulouse est donc bien prononcée. Demain la tête de la colonne sera à Noé et après-demain devant Toulouse. Il est bien urgent que l’armée se rapproche de Toulouse pour y recevoir des effets d’habillement et surtout des souliers dont elle éprouve le plus pressant besoin, ainsi que pour y déposer des malades, des blessés et des éclopés qui sont à sa suite. Depuis hier, le temps est très mauvais et nous occasionne des pertes, soit par les maladies, soit par la désertion des conscrits qui nous restaient. Une légion des Hautes-Pyrénées, forte de 600 hommes, qui était employée à la garde du parc, est entièrement dissoute ; ce matin il n’y restait que 30 hommes, les autres sont rentrés chez eux ». On sent poindre un sentiment d’amertume et de lassitude dans le courrier du Mal qui décrit l’inexorable fatalité qui s’abat sur l’armée des Pyrénées. L’humidité ambiante pénètre les constitutions les plus robustes et les marches forcées de la retraite se succèdent sur un terrain toujours aussi vallonné, boueux, incertain. Et que dire de ces légionnaires Haut-Pyrénéens si fidèles à ce pays où la désertion est si courante ? À leur tour, décimés par la maladie et le découragement, ils rentrent chez eux, un par un. Le 23 mars, les divisions de d’Erlon et le parc d’artillerie sont à Muret. Les divisions de Reille, stationnent entre Noé et Le Fauga, celles de Clauzel sont à Carbonne, en protection des brigades de cavalerie du général Pierre Soult qui ont pris position à Saint-Elix-le-Château, Lafitte-Vigordanne et Peyssies. Soult déplore ce mauvais temps qui ne cesse et la vision de son armée lui arrache « Si nous étions dans le cas de marcher encore trois jours avant d’arriver à Toulouse, plus de la moitié de l’armée serait pieds nus ; aujourd’hui, j’ai été effrayé de la quantité d’hommes qui manquent entièrement de souliers ; si je n’en trouvai pas à Toulouse ainsi que des capotes je serais très embarrassé ». Terrible constatation dans la bouche de Jean de Dieu Soult effrayé de voir son armée déchaussée avancer si vaillamment par ce temps exécrable. À suivre…

Les Hautes-Pyrénées

janvier 13th, 2018

Mythes et lieux historiques : Pyrène, Millaris, Mulat Barbe, Victor Hugo au pied de Gavarnie et les secrets de l’univers depuis le pic du Midi de Bigorre. Les auteurs décrivent ce territoire improbable de 1790 composé de la Bigorre et des Quatre Vallées : Aure, Barousse, Nestes et Magnoac que le député Bertrand Barère a su agréger au nez et à la barbe des Béarnais puis à l’imposer à la Convention (1). Plaquette d’un Office départemental, mosaïque de sites géographiques chatoyants, notre patrimoine millénaire révèle des aspects divers qui vont de sa langue que l’on voudrait immortelle à la fierté gasconne d’un terroir que l’on aime en passant par Lourdes, rendez-vous de tous les pèlerins du monde. J’ai retenu quelques aspects particuliers. En premier, les enclaves de Bigorre en Béarn. Cinq paroisses : Luquet, Gardères, Séron, Escaunets et Villenave-près-Béarn n’ont jamais cédé aux sirènes béarnaises depuis des siècles et, malgré les souhaits préfectoraux d’annexion en 1834 et 1941, les Bigourdans encerclés ont dit NON ! Deuxième particularité : Napoléon III veut une liaison fiable Paris-Madrid ainsi que le rapprochement des stations thermales pour la fin du XIXe siècle. Il faut préciser qu’Achille Fould, ministre des Finances de la maison de l’Empereur, l’aura beaucoup encouragé. Les vertus des eaux sulfurées sodiques, chlorosulfurées, sulfatées, calciques, magnésiennes, ne sont plus à démontrer. Détente et bien-être…Déjà. Aussi, «là où le grandiose le dispute à l’admirable», 11 pics de plus de 3000 m, entre Gavarnie et Cauterets et la réserve naturelle du Néouvielle qui côtoie le parc national des Pyrénées, toutes les merveilles de la nature sont là avec la multitude des lacs en écrins «d’une faune et d’une flore à la richesse exceptionnelle». Enfin, l’observatoire du Pic du Midi que la NASA a choisi pour le premier alunissage et la «star» des Hautes-Pyrénées : le cirque de Gavarnie. Ajoutons à cette magistrale présentation du pays des photos époustouflantes. À tous mes lecteurs, je souhaite une année 2018 remplie de joies et une excellente santé.

1 – «Hautes-Pyrénées» – Pierre Challier, Sybille Chapeu, Bruno Ferret – Éditions Privat – mai 2014 – 34,50 €

52 – Guerre des Pyrénées : Vers Toulouse

décembre 23rd, 2017

Le comte de Provence est proclamé roi par le Sénat et devient Louis XVIII. Toutes ces nouvelles ne parviendront à Toulouse que bien plus tard. À Tarbes, les réquisitions continuent de pleuvoir. Le 5 avril, le commissaire général de la cavalerie de la Garde, M. Walker, demande au Maire 1000 pintes d’eau-de-vie et 1500 livres de pain pour “l’usage” des régiments Blue de la cavalerie de la Garde du Roi. Le 8 avril, il demande une charrette attelée de chevaux pour les besoins du service et aussi : “J’ai nécessairement besoin de quatre chars attelés par des bœufs ou des chevaux pour aller chercher du vin pour le service de l’armée”. Le 21 mars, à 3 h, l’armée des Pyrénées se dirige vers Montréjeau par Lannemezan. Le Maréchal est satisfait et le dit à Clarke : « Les derniers mouvements que j’ai faits ont donc produit l’avantage d’obliger les ennemis à retirer les troupes qu’ils avaient portées sur la Basse Garonne et de ramener le théâtre de la guerre vers les Pyrénées. Je regrette vivement de n’avoir pu obtenir une diversion plus efficace, et surtout d’être obligé à me rapprocher de Toulouse, pour faire face à tous les corps ennemis qui paraissent prendre cette direction. Lorsque j’y serai rendu, je me préparerai sans perte de temps à me reporter en avant ». Lord Wellington établit son quartier général à Tournay, le même jour. Il est à Galan, le 22 mars. Il n’y a pas de combats. Le Feld-maréchal demande à ses colonnes de ne pas s’engager si elles rencontrent les Français en position. Le 22 mars, le Maréchal écrit au ministre de la Guerre, de Martres-Tolosane : « La marche des ennemis sur Toulouse est donc bien prononcée : le mouvement des deux premières colonnes dont je viens de parler semblerait indiquer qu’ils ont le projet de m’y prévenir ; je ne crois pas cependant qu’ils puissent y être avant moi. Demain la tête de la colonne sera à Noé et après-demain devant Toulouse. Il est bien urgent que l’armée se rapproche de Toulouse pour y recevoir des effets d’habillement et surtout des souliers dont elle éprouve le plus pressant besoin, ainsi que pour y déposer des malades, des blessés et des éclopés qui sont à sa suite ». Le temps est très mauvais. À suivre…

Les Indiens d’Amérique

décembre 23rd, 2017

C’est à Jean-Claude, un ami, que je dois cette chronique, moi qui cherchais un cadeau original pour les lecteurs de la N.R.P, la semaine de Noël (1). Cet ouvrage album de 320 pages est un vibrant hommage aux nations indiennes qui peuplaient le continent américain du nord. Il est séquencé ainsi : Les Peuples anciens, la vie dans les Grandes Plaines (1700-1820), l’épanouissement d’une Culture (1820-1860), la mort du Bison (1860-1880), dans les vestiges des terres ancestrales (1880-1910), communautés et diaspora (1910-1965), renouveau artistique dans la vie contemporaine (1965-2013). Aujourd’hui, les populations des Plaines habitent des réserves et des grandes villes situées dans l’ensemble des États-Unis. Les groupes non rattachés à une réserve occupent toujours les terres de leurs ancêtres ou des régions marquées par une forte densité de population tribale. Depuis le XIXe siècle, les réserves résultent des tractations entre Indiens d’Amérique et colons blancs, ainsi que de déplacements forcés. Le cheval, arrivé en 1519, bouleverse leur vie. Les Espagnols s’aventurent dans les Plaines du sud, vers 1540. Ils voient les Indiens chasser le bison à pied se servant de leurs chiens comme bêtes de somme. Leurs ancêtres étaient chasseurs-cueilleurs dans cette région fertile et giboyeuse. Le maïs, venu du Mexique, se propage vers le nord. Les films d’Indiens de ma jeunesse évoquaient les Commanches, les Cheyennes, les Sioux. Ici, on cite les Caddos, Wichitas, Pawnees, Loups, Plattes, Omahas, Mandans, Hidatsas, Arikaras, Soshones, Kiowas, Osages, Crows, Flatheads, Nez-percés, Arapahos, Yanktons, Dakotas. Les images de l’ouvrage montrent des objets usuels peints ou gravés : Pipes, tablettes, pendentifs, robes, chemises, coiffes, bols, parflèches, sacs, massues, boucliers, racloirs, sifflets, manteaux, croupières, couvertures, colliers, éventails, dessins, mocassins, hochets, jambières, brides, poignées, haches, bottes, poupées, tambourins, gantelets, vestes, tipis, masques, valises, patchworks, souliers, manchettes, parures, cuillères, flûtes. Un beau cadeau à offrir pour Noël.

«Les Indiens des Plaines» – Musée du Quai Branly – Édition Skira – Paris – avril 2014 – 47 €

51 – Guerre des Pyrénées : Des souliers et le Trésor

décembre 16th, 2017

Le Cdt de la place de Tarbes écrit au maire de Tarbes pour lui signaler que le Feld-maréchal lui a donné l’ordre de faire arrêter François Latour, chef des brigands, afin d’être exécuté à Tarbes. Le Maire est prié de requérir l’exécuteur qui “mettra à mort sur un échafaud qui sera dressé sur la place du grand marché – place Marcadieu – lundi 21 mars 1814, d’après les formes usitées pour l’exécution des condamnés”. Le Maire est chargé de trouver un prêtre pour “qu’il se réconcilie avec son Dieu”. Lord Wellington tient absolument à ce que l’exécution ait lieu à Tarbes “afin que son supplice pût porter la terreur dans l’âme de ceux qui oseraient encore se livrer au brigandage”. Le 3 avril, l’armée anglaise procède à la réquisition de 8000 livres de grain de milloc ou avoine pour le régiment Blue de la cavalerie de la Garde du Roi et au “prêt” de 16 chars pour transporter le “Trésor” au quartier général. Ce trésor est le produit de tous les pillages français abandonnés sur la route de Vitoria. Le commissaire de guerre Radford précise que le besoin est immédiat et, qu’en cas de nécessité, il requerra la force armée pour prendre le grain dans les maisons. On ne saurait être plus persuasif. Une réquisition supplémentaire de Radford vient bousculer la précédente. Des chariots sont exigés pour transporter 120 caisses de souliers qui seront acheminés vers le quartier général, aux environs de Toulouse. La pénurie de chaussures est générale. Le premier magistrat tarbais répond qu’il n’y a plus de chariots à Tarbes. Ils sont tous réquisitionnés pour le transport du “Trésor”. On requiert 5 chariots à Bazet et 5 autres à Bordères-sur-l’Echez. Radford s’impatiente et menace de donner l’ordre au commandant de la Place “d’employer les moyens en vigueur si demain les chariots n’étaient pas là. La troupe d’accompagnement est prête et attend”. Le 6 avril, il procède à la réquisition de 50 cordonniers pour la confection de souliers pour l’armée. Et, souhait supplémentaire : “J’ai besoin de vingt hommes pour garder ce soir 500 bœufs et les conduire jusqu’à Trie ou Boulogne”. Le 31 mars 1814, les Alliés entrent dans Paris. Le 2 avril, l’Empereur est déchu par le Sénat. À suivre…

L’autre

décembre 16th, 2017

C’est l’histoire de José Sáez, un très pauvre de l’Espagne de 1960 (1). La Nature a voulu qu’il soit le sosie «à la mèche de cheveux près» du plus célèbre des toreros du XXe siècle, Manuel Benitez «El Cordobés». Une réplique parfaite. À un point tel qu’il pourrait emprunter à l’autre «ses habits, son nom et même une place enviable dans la gloire». Chez nous, les Polnareff, Sardou, etc. utilisaient les doublures à leur profit. Pas chez nos voisins. José Saez risque gros car vouloir s’approprier le succès d’une immense vedette de la corrida, un phénomène médiatique comme il y en eut très peu ; peut-être Manolete ou Luis Miguel Dominguin, dans ma jeunesse. Qu’avait de plus ce natif de Cordoue pour bafouer les règles académiques et révolutionner la tauromachie ? La faim, sans doute. José Saez veut sortir de sa condition. Comment ? Devenir curé, militaire ou torero… Manuel Benitez a bien vécu, lui, de combines et de mendicité, alors… Au matin d’une corrida, il s’est engagé et a promis à sa sœur Angelita «Ce soir, je t’achèterai une maison…Ou tu porteras mon deuil». Il deviendra le torero des pauvres pratiquant un toreo suicide. Ce récit aux confins de l’autobiographie et de la fiction nous livre une écriture chirurgicale, poétique, souvent baroque, des années de plomb d’une Espagne corsetée, verrouillée. Elle en a du talent Berta Vias Mahou pour nous entraîner dans les méandres, les arcanes devrais-je dire, afin de tenter d’expliquer le souci majeur de l’Espagne d’alors et, peut-être, d’aujourd’hui : la recherche forcenée de son Identité. José Saez, que la Presse qualifiera de L’Autre, descendra dans l’arène au risque de connaître l’échec et les mauvais coups. Qu’importe l’écorchure à la joue, les deux côtes fêlées. Sa ressemblance confondante avec le Cordobès chavire les femmes qui le trouvent plus beau, plus blond, plus gracieux que le vrai. Contrepartie faustienne : son visage, son passé et son nom ne lui appartiennent plus. Par ce récit, si espagnol, ce livre nous rappelle que raconter la vérité est un attelage où se côtoient deux coursiers : l’authenticité et la lucidité. Bravo.

«Je suis l’Autre» – Berta Vias Mahou – Édition Séguier – Septembre 2017 – 21 €

50 – Guerre des Pyrénées : La chasse aux brigands

décembre 9th, 2017

Pour les deux camps, l’ordre public est la préoccupation majeure. Le 23 mars 1814, dans le but de “pourvoir au maintien de l’ordre public dans la ville de Tarbes, au respect des personnes et des propriétés, principalement dans ces circonstances ou les malveillants chercheraient à en profiter”, Jean Daléas soumet au commandant britannique de la place de Tarbes et commandant de la garnison, un arrêté en cinq articles. Quarante hommes assureront la garde, de 8 h du soir à 5 h du matin, et se réuniront, tous les jours, dans l’hôtel de ville. Ces hommes seront répartis en postes de deux escouades composées, chacune, de neuf fusiliers et d’un commandant qui feront le tour de la ville et de ses environs. À leur retour, les deux escouades restantes prendront la relève. Le commandant est un agent de police représentant l’autorité municipale. Il a le pouvoir de requérir la force armée et peut procéder à l’arrestation de tout individu qui troublerait l’ordre public. Ces agents de police municipaux sont responsables du “respect des personnes et des propriétés” devant le Maire qui recevra tous les matins le compte rendu des opérations de la nuit. Après quelques jours, on remarque que cette garde municipale de surveillance est trop légère et inadaptée à l’occupation du territoire haut-pyrénéen. Chargée de rétablir l’ordre public troublé, la garnison anglaise est débordée. Les effectifs engagés ne suffisent pas et les appels à l’aide sont trop nombreux. Qui sont ces fauteurs de troubles ? Des bandes de brigands qui parcourent la campagne et pillent sans vergogne. Une résistance quelconque des habitants à leurs exigences et leurs maisons sont incendiées. Le 30 mars, le Maire renforce la structure de sécurité par 4 compagnies de 20 hommes pris dans un groupe de 100 volontaires, non officiers, ayant à leur tête Salles, huissier, nommé commandant en chef. La nouvelle garde communale municipale est tenue de coordonner ses mouvements avec la garnison militaire anglaise et son commandant “s’entendra avec le commandant de la Place”. Le 1er avril 1814, Lord Wellington rédige la proclamation n°31 qui traite du désarmement et de la sécurité des habitants. À suivre…

L’escroc Stavisky

décembre 9th, 2017

L’affaire Stavisky fut l’un des plus grands scandales financiers du XXe siècle (1). Sacha-Alexandre Stavisky est né le 20/11/1886 à Slobodka, province de Kiev. Emmanuel, son père, émigré juif, vient s’installer comme dentiste à Paris, en 1890. Sacha fait des études médiocres au lycée Condorcet qu’il quitte à 16 ans. Garçon frêle, cheveux noirs ondulés, peau molle et blanche, cils, yeux et mains de fille, il croit ressentir une vocation artistique. Son père n’étant pas diplômé de la Faculté de Paris, «il doit courir après les clients faisant des prix au rabais». Sa mère a été belle et reporte sur son fils tout son amour. Un jour, deux lingots d’or disparaissent, on soupçonne la femme de ménage. Sacha avoue le vol à son père : «Il me ruinera, ce petit foyou !». Il teste son talent dans un beuglant des Ternes; c’est un échec. Il préfère «se faufiler dans le cabinet directorial des Folies-Marigny», théâtre d’hiver qui ouvrira l’été. Il demande 12000 F à tous les candidats du tour de chant. À peine née, l’aventure tourne court. Le 22/04/1925, commence la véritable carrière d’Alexandre-Serge Stavisky. «De piètre margoulin de l’escroquerie qu’il était, il va devenir grand forban des affaires». Il comprend que les consciences sont à vendre à condition d’y mettre le prix. Les rapports de police notent «Individu de moralité douteuse exploitant les passions des dames mûres et vivant à leurs crochets». La mécanique de l’escroquerie en tous genres est bien huilée : bijoux, voitures, chèques, actions…tout ce qu’il vend est falsifié. À 40 ans, il tombe amoureux d’Arlette, ancien mannequin chez Coco Chanel, et l’épouse en 1928. Train de vie luxueux et volupté. En décembre 1933, une dernière affaire portant sur des bons d’emprunt émis par le Crédit municipal de Bayonne entraînera la chute du beau Sacha. Maxime Sadron, humble fonctionnaire du Trésor Public, surveillant de la comptabilité du Crédit municipal des rives de l’Adour, découvre que le volume des prêts accordés, depuis 1932, devient inquiétant… Une enquête haletante digne du meilleur roman policier. Je recommande.

«L’affaire Stavisky» – Jean-Michel Charlier/Marcel Montarron – Édition Atlantica – Juin 2017 – 21 €

49 – Guerre des Pyrénées : Réquisitions…réquisitions

décembre 2nd, 2017

L’arrière de l’armée coalisée doit pourvoir à la subsistance des hommes et des chevaux sur le pays. Dure et éternelle loi des armées d’occupation. Le général José Maria Da Costa Ribeiro, Cdt les 3e et 4e brigades volantes portugaises, procède à la réquisition de 6000 rations de pain de 1,5 livre chacune, 20 bœufs et 100 mesures de milloc ou avoine. Quantités exigées pour le lendemain 7 h. De Rabastens, la Div. espagnole de Pablo Morillo requiert le maire de Tarbes pour procéder à la fourniture de 20000 rations de pain, 2000 hectolitres d’avoine, gros maïs et 40 bœufs. Enfin, la réquisition de 30000 rations de pain de 1,5 livre chacune, 1000 quintaux d’avoine ou de maïs et 120 bœufs arrive sur le bureau de Jean Daléas, premier adjoint. Le responsable anglais demande l’autorisation d’étendre la réquisition aux communes environnantes. Le 21 mars, nouvelle réquisition de boulangers, surveillants et six travailleurs pour la manutention. L’occupation alliée est pesante pour les Haut-Pyrénéens. Hopeland, directeur en chef des hôpitaux militaires, investit l’hôpital militaire de Tarbes et adresse au Maire la réquisition de 200 couchettes, 380 paillasses, 440 traversins, 760 draps et 940 couvertures accompagnée d’un tableau de répartition d’objets à réquisitionner : bois de lit, paillasses, traversins, couvertures et draps de lit entre les communes de Tarbes, Ossun, Ibos, Bordères-sur-l’Echez, Oursbelille, Juillan, Azereix, Bazet, Bernac-Debat, Bernac-Dessus, Aurensan, Sarniguet, Odos, Momères, Horgues, Laloubère, His, Vielle, Allier, Salles-Adour, Avezac-Adour, Bénac, Louey, Lanne et Soues. Le 26 mars, le capitaine Radford, commissaire de Guerre, écrit au maire de Tarbes pour l’entrée en ville de six barriques de vin. Le 28 mars, Daléas reçoit une lettre de l’Intendant général, commissaire en chef de l’armée britannique, demandant de faire réquisition auprès du maire d’Ibos de quatre voitures attelées de chevaux, mulets ou bœufs, chacune avec son conducteur. Ces voitures devront se rendre sur la place de la Portète – place Jean Jaurès – le lendemain, à 8 h. Faute d’obéir, le Maire est prévenu qu’il sera usé de représailles – “exécutions” – militaires. À suivre…

Gardarem lo Larzac !

décembre 2nd, 2017

La lutte du Larzac (1971-1981) est un épisode qui appartient à l’histoire sociale et politique nationale (1). Au début, quelques dizaines de paysans aveyronnais. Après mai 1968, ce plateau délaissé deviendra «la terre promise des contestataires». Climat rude, sol sec et caillouteux, cette terre est dédiée depuis toujours à l’élevage ovin. Le 12 octobre 1970, André Fanton, secrétaire d’État à la Défense nationale, annonce l’extension du camp du Larzac. En proie à l’exode rural, le député gaulliste Louis-Alexis Delmas en escompte d’importantes retombées. Depuis 1902, le camp de La Cavalerie avait réalisé la cohabitation entre militaires et paysans. L’extension envisagée : les 3000 ha du camp passeront à 17000 ha. Les agriculteurs «en tombent de leur chaise». Ceux dont l’exploitation est incluse dans l’extension comprennent que l’État veut les exproprier. Le 2 septembre 1971, du fumier et des pierres sont déversés devant le domicile du Maire favorable au projet. Le 6 novembre, 6000 personnes se réunissent à Millau. Les prêtres soutiennent les agriculteurs et réconfortent les paysans. Le 19 mars 1972, la stratégie de la non-violence est adoptée. Le patriarche Lanza del Vasto propose un jeûne de quinze jours. Le 28 mars, les 109 exploitants concernés «s’engagent solennellement à ne pas quitter leurs terres». Les images s’emparent du «nouveau Larzac» qui sera connu de toute la France. Le 14 juillet, 20000 personnes convergent vers Rodez, le chef-lieu, la FDSEA en tête et 2000 brebis sont lâchées sur la place de La Cavalerie. Le 7 janvier 1973, 25 tracteurs montent vers la capitale. Les 25 et 26 août, jonction des courants de Mai 68 avec le Larzac. Claude Marti et Colette Magny animent le «Woodstock français». Nouveaux moyens de lutte envisagés : désobéissance civile, objection fiscale, renvoi de livrets militaires. La lutte s’enracine. François Mitterrand apparaît l’été 1974. Les anarchistes l’insultent, l’égratignent. Le mouvement s’essouffle en 1975-1976. Les femmes relanceront la lutte. Excellent résumé d’une lutte qui annonçait Notre-Dame-des-Landes, Sivens, Bure. Je recommande.

«Larzac terre de lutte» – Mierre Marie Terral – Édition Privat – Mai 2017 – 9,90 €